DES JOURS SANS FIN (et sans marmottes)…

Avant de reprendre ma chronique du tournage, un post un chouïa plus abstrait, revenant sur le déroulement d’une journée de taf ‘type’.

Au commencement est le réveil, le plus tardif possible, à une heure somme toute raisonnable –7h30 en moyenne, pour un départ à 8–, après une nuit souvent courte, voire très courte. Dès la première semaine, ledit réveil s’avère douloureux… et d’autant plus douloureux qu’un jour sur deux, nous goûtons, en passant du premier gîte au second (le gîte ‘collectif’), à la pluie glacée du petit matin.

Ho putain, non, pas encore. Sans déconner, on va tourner là-dessous !? Dans une heure, j’ai les pieds trempes et les os gelés. Pis va falloir couper des plans. Et mes acteurs qui vont décéder… Rah.

Petit-déj’ rapide (mais copieux : James et Claire graillent pour quatre), puis chargement du van : chaque acteur emmène ses fringues et accessoires, auxquels nous ajoutons les éléments déco du jour, les affaires de pluie (ponchos, K-ways, parapluies), la nourriture –ainsi que les thermos les plus pourris du monde– et le matériel technique ; la caméra et ses gadgets, les optiques, le pied, le découpage du jour, le matos son –quinze kilos de matos son, que Romain gèrera seul, sans la moindre plainte, trois semaines durant (ou dupont, huhu).

Aaallez, allez, on est partis, là, il est où, Cyril ? Il prépare le quoi ? Le manger ? Ha bon ; et qui a la clé du gîte ? Et où est– hm, quoi ? une question sur le script ? Ouais bah c’est pas trop le moment, là… (Glauque, hein ? De quoi faire du mal à tout scénariste présent sur un plateau.)

Puis nous roulons –souvent en musique, quoique ladite musique deviendra nettement plus rare en semaine 3, Ben étant reparti avec son répertoire… Je bricolerai un de ces quatre une playlist The Open, mais là, comme ça, de tête, m’apparaissent Queen (« Heeere we are, born to be kings… », chanson de circonstance s’il en est), AC/DC, Alt+J, Beethoven et le bourru Johnny Cash…

Route du matin

Au sec, à l’abri du vent… Ça vaut bien un sourire.

En général, nous roulons pas mal, le long de routes étroites (mais fort heureusement garnies de passing places) et spectaculaires (remontez par exemple, avec le bonhomme Google Map, cette route jusqu’à Tarbert, et cliquez à peu près n’importe où, vous verrez bien…) ; Maia, James et Pierre révisent leurs textes et se balancent leurs répliques (en mode mineur), nous revenons succinctement sur les enjeux d’une séquence donnée ou ses changements de dernière minute, et nous gardons un œil, souvent inquiet, sur les nuages environnants, souvent moches.

Après quoi, une fois arrivés, nous déchargeons le van, nous équipons et marchons (parfois un peu, de temps à autre pas mal, à quelques reprises beaucoup), matos, bouffe et déco répartis sur nos épaules.

Vous voyez la colline, là-bas, à l’orée du brouillard ? Tout au fond, ouais. Hé ben c’est juste derrière. Et faites gaffe, hein, c’est que du marécage, devant vous.

Van

Getting ready to roll…

Le lieu de tournage atteint, et sans perdre une minute, nous établissons un camp de fortune et préparons la suite –Claire et Sarah déployant déco et accessoires, les autres installant la grand-tente et la toute petite (abritant bouffe et matériel), reprenant leur découpage ou répétant la séquence à venir. S’ensuivent quelques retouches cosmétiques, sans lesquelles mes tennismen auraient le nez rouge de froid, et bam, on tourne.

Alors bon, à savoir : un tournage n’a pas grand-chose de glamour. Affirmation déjà vraie dans la grrraande majorité des cas, et d’autant plus avérée qu’on filme sous la flotte et dans le froid, entouré de bestioles haineuses, en enchaînant les plans comme des malades.

Tournage

Scènes quotidiennes : Romain ‘branche’ James / Pierre attend.

OK, c’était tout nul, on se refait ça. Ha non, tiens, on attend que le nuage passe. Allez, on s’y remet. Donc. Moteur, ça tourne, annonce– ha non, attendez, plus de carte. Changemeeent… OK. Non, j’entends un avion. OK. Attendez, y a un mouton, là, au fond. Jean Fred, tu me le chasses, s’il te plaît ? Je vais tourner le plan sur Pierre, du coup, en attendant. Ha non, nouveau nuage. Bon, on perd du temps, là. Du coup, Pierre, on se tourne ton plan quatre fois d’affilée, pis on part sur la suite. Ça va aller ?

Parce que. Même sur un tournage de bourrin –comme le nôtre–, où nous tournons, bon gré mal gré, plus de quatre minutes utiles par jour, et ce à toute vitesse… il faut atteeendre, toujours attendre. Que tous soient prêts, que la caméra arrête ses caprices, que le bon angle soit trouvé, le point calé, la perche hors champ, les fringues raccords, la lumière correcte, la pluie discrète, ha-tiens-une-dernière-retouche-maquillage, etc, etc, etc. Ça. N’en. Finit. Pas. Et quand enfin on tourne, on le fait dans l’urgence –parce que le temps, lui, n’a cure de nous attendre. Bah. Le tournage, à proprement parler, j’y reviendrai par la force des choses.

La pause repas, que beaucoup kiffent –à juste titre, surtout quand Ben prépare la tambouille–, et qui m’apparaît à moi comme une perte de temps hélas non négociable (foutus réas tyranniques, je te jure), nous permet en général, et malgré mon mauvais esprit, de recharger des batteries souvent bien entamées par de durailles matinées.

Tu veux savoir quoi ? Si ça va ? Hin, hin. Bah non ça va pas, on est à la bourre, ça fait trois plombes que tout le monde bâfre, si ça tenait qu’à moi je ho attends c’est quoi, ça ? Une barre de chocolat ? Pour moi ? Hooo c’est trop gentil, merci…

Pause snack 2

James revient du QG.

Et voilà, quoi : on tourne le matin, on mange (vite, à cause de l’autre, là), on re-tourne l’après-midi… et parfois (souvent, diraient les mauvaises langues) (toujours, dirait Maia), le soir.

Après quoi nous reprenons les étapes précédentes, en sens inverse : nous replions tout ce qui traîne (avec un peu de chance, par temps sec), puis marchons jusqu’au van (arf), pour rouler jusqu’à Tarbert dans une ambiance toujours bieeen plus silencieuse qu’au petit matin. Et accompagnés de musiques souvent plus douces.

Repli tardif

Repli tardif.

Arrivés a casa, nous déchargeons le véhicule, prenons une demi-heure à batailler chacun pour soi (James appelle sa belle, Romain nettoie son matos, je file mes cartes CF à Claire, Ben cuisine (pobrecito), etc, chacun se douchant en outre, lavant son linge ou le séchant à tour de rôle –et ce sans qu’il n’y ait jamais de heurts !), puis nous nous retrouvons pour la bouffe vespérale (qui tendait à devenir « le restau vespéral », voire nocturne, en dernière semaine) ; chouette moment en général, enfin un peu tranquille, et sans deadline évidente… si ce n’est le réveil du lendemain.

Suite à quoi nous rangeons la table et lavons les couverts : le lave-vaisselle du gîte commun étant hors service, il faut tout trimbaler à côté –tout comme nous trimbalons notre linge humide du gîte 2 au gîte commun, notre séchoir jouant les divas…

Puis Claire et Sarah préparent les accessoires « jouant » le lendemain, pendant que Jean Fred et votre serviteur s’échinent à remodeler le planning à venir, météo sous les yeux ; le truc tout con qui s’avère, toujours, toujours une galère, ladite météo ne nous aidant en RIEN (et 90% des séquences étant tournées en extérieurs)…

Bon, alors ce site, il annonce une tornade, celui-ci, des éclaircies, et ce troisième un orage. Du coup, s’il fait beau, on tourne la 7B à Luskentyre, puis la 12 à Rodell ; mais s’il fait mauvais, vaut mieux rattraper notre retard sur la 14, déplacer la 7B et tourner la 7A puis la 15. Seulement, ça rajoute la 12 au lendemain, d’où un planning trop chargé puisque la 13 ne peut se tourner que de nuit…

Vous voyez le genre. Heureusement, Maia arrive souvent, et à point nommé, avec moult idées pratiques. Quand je dis que tout le monde a touché à tout sur ce plateau, ça n’a rien d’une exagération.

Le planning fixé (sauf imprévus) (qui seront, bien évidemment, légion), nous le communiquons aux troupes, souvent prêtes à s’endormir à cette heure tardive, puis nous séparons enfin, non sans nous promettre que ha-ha tout-ira-bien force-et-honneur. (Je kiffe le « Force et honneur », qui donne un côté bien épique [d’ailleurs largement mérité] à notre aventure.)

Ne restent plus à coucher que Claire, qui yogate en sauvegardant les images du jour (en deux exemplaires, of course), et bibi qui, énième barre de chocolat en main (qu’est-ce que j’ai bouffé comme chocolat, je dois avoir établi quelque record…), prépare les plans du lendemain –en fonction des lieux et timings jugés, respectivement, accessibles et crédibles, et en sachant pertinemment que les circonstances me forceront quasi-assurément à tout changer au final. Mais bah, c’est le boulot, quoi ; et un bon moyen de se donner à croire que l’on maîtrise encore la bête.

Enfin, ENFIN-hin-hin-haaa, dodo. (Quoique quand le dodo commence à 2h, ma foi, il s’avère assez peu réparateur ; pour peu qu’il soit en plus bourré de rêves de tourbe, de pluie et de soucis techniques –ce qui fut le cas toutes mes nuits de tournage…)

Allez, pas grave, un jour de moins au compteur ! Alors on y croit, et on reprend tous en chœur : « Heeere we are, born to be kings, we’re the princes of the univeeerse! »

2 réflexions sur “DES JOURS SANS FIN (et sans marmottes)…

  1. 1. « Le véritable cinéaste est l’homme qui sait dominer les catastrophes ». C’est pas moi qui le dit, c’est ce bon vieux Orson.
    2. les passing places, c’est pour permettre aux moutons de faire du stop?
    3. Ça me fait penser à un clip d’AC/DC (tout jeunes) dans lequel Bon Scott joue de la cornemuse : http://www.youtube.com/watch?v=bJwZhqU0QL4

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    • Ha ouaiiiiis, de la Kornemuse AC/DC! C’est Ben Fillola (prod-cuistot-chauffeur et superviseur musical) qui va kiffer!

      Par contre, en ce qui concerne Orson, bon… Faut oublier ses adaptations shakespeariennes, quoi! (Il n’y dominait les catastrophes qu’à moitié…)

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