JOUR 5 : THE FOG

Je serai rapide quant au début du jour 5 : le temps s’annonce clément (il pleut, certes, mais assez peu ; le vent est tombé, le froid semble moins coupant) et nous observons, en route vers le taf du jour, de splendides plages aux sables scintillants et à l’onde turquoise, longeant la route du sud.

Le tournage en lui-même s’avère agréable, une fois n’est pas coutume, une longue séquence étant filmée ce jour, roulement de tambours, en intérieur : entre les murs branlants d’une ruine décharnée, certes, mais en intérieur tout de même. Et cette ruine est superbe –justifiant pleinement les vingt minutes de marche nécessaires pour la rejoindre (vingt minutes de marche au beau milieu d’un labyrinthe végétal tout de dunes et de trous d’eau, menant droit à la mer).

Plus sympathiques encore que l’auguste ruine, deux phoques rieurs, qui nous regardent, pépères, à quelques mètres de la berge.

Ow ow ow!

« Ow ow ow, look, Connor, French guys on the shore… »

Nan, il faut bien l’avouer, tout semble rouler. La grande aventure du jour se fait attendre… et ne pointe le bout de son fielleux museau que lors de notre retour au van.

Ledit retour est assez tardif, et la nuit approche : nous avions en effet décidé, Jean Fred et moi-même, de laisser dormir la majorité des troupes (James et Maia se levant malgré tout de bonne heure pour aller chez le coiffeur…) et de ne commencer à tourner qu’assez tard (le départ du gîte était fixé à 11h), pour filmer en soirée l’une de nos séquences –les nuits étant trrrès courtes dans les Hébrides, et le soleil ne se couchant que fort tard, le plan paraissait crédible ; et l’a d’ailleurs été…

Eeenfin un tournage 'abrité'! [Images compressées, issues des proxies.]

Eeenfin un tournage ‘abrité’! [Images compressées, issues des proxies.]

…le problème n’apparaît qu’alors que nous remballons nos cliques et nos claques, fourbus mais satisfaits : la nuit tombe (1), donc, et décide de ne pas venir seule (2), entraînant avec elle son vieux copain Brouillard. Et alors que nous pataugeons vers le van, en l’espace de, allez, deux minutes– du blanc. Rien. Que. Du. Blanc. On n’y voit, soudain, plus rien. Mais rien de rien de rien du tout, quoi, que dalle, nada, nothing, nichto. Et, chacun marchant à son rythme, nous sommes tous plus ou moins séparés. Nous avançons donc, à l’aveuglette. Sans vraiment savoir où nous partons, en suivant le chemin qu’a paru emprunter Pierre (Pierre ouvrant la marche, et semblant sûr de son coup –du moins avant de disparaître).

Seulement voilà, les 20 minutes, déjà pénibles, de l’aller, paraissent étrangement plus longues ; et le relief beaucoup plus escarpé : les pentes sont raides, les rocs nombreux… Et le blanc devient gris, les ténèbres avancent. Bon sang mais where the fuck are we ?

S’ensuit une longue marche, qui voit chacun avancer, de gros sacs sur le dos (plusieurs sacs sur chaque dos, oui), au beau milieu d’un dense nuage. (Ce qui est certes fort beau, et sans doute très romantique, mais assez malvenu en fin de tournage, la veille d’un sixième jour a priori complexe.) Nous avons mal aux pattes, nous n’y voyons rien, nous ne savons pas où aller. Et nous crevons la dalle… Nous nous résignons donc à mourir –si je savais au moins où se trouve Maia…– quand apparaissent, là-bas au loin, des feux : le van ! Nous ne mourons pas ce soir.

Ce n’est qu’une fois au chaud, le moteur et Beethoven lancés, que nous avons droit au fin mot de l’histoire : Pierre s’est bieeen gourré, d’entrée de jeu, dans la direction à suivre –et nous l’avons tous suivi ! Honte à lui. Mais, ayant retrouvé la route, puis le van, il a eu la riche idée de déplacer le véhicule et jouer des phares : gloire à lui ! Ainsi repartons-nous pour Tarbert, complètement trempés, les pieds blancs et ridés, alors que s’installe enfin la nuit NOIRE. Sans déconner, dix minutes de plus et– et je ne sais pas trop, tiens. On aurait gueulé dans la nuit jusqu’à ce qu’un phoque nous trouve ? Mouais… Dormi dans les ruines ? Bof…

Ben au volant, L’Hymne à la Joie dans les oreilles : allez, bah, on s’en est bien sortis !

To be continued.

Ha ouais, non, un PS, tiens : va falloir que j’appelle James, et que je lui demande de m’envoyer sa vidéo : parce que James, voyez-vous, se trouvant perdu dans le brouillard, a enregistré, sur son Smartphone, ses derniers mots –adressés à sa copine, un truc du genre « Je tourne The Open, suis perdu au fin fond des Highlands ; pas un humain en vue, je risque d’y rester… mais l’expérience fut belle. »

To be continued, donc.

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