La Genèse : les inédits

Le Huitième Jour, Dieu créa l’Écosse.

« Cette Terre sera sauvage, et pelée, et battue par les vents. Elle s’opposera aux tournages, nuira aux cinéastes, et fera fuir jusqu’aux Gothiques. » Ainsi l’Écosse fut-elle créée. Terre sauvage, et pelée, et battue par les vents.

Highlanders locaux à la recherche de touristes égarés. (Ou

Highlanders locaux à la recherche de touristes égarés. [Ou « Intérêt de la cornemuse par temps de brouillard… »]

Mais entrons dans les détails :

Tout d’abord, le Seigneur créa la tique –dans la matinée, je crois bien.

« Tu seras petite, tu auras la couleur des ténèbres, et tu te nourriras du sang de l’esthète. Quoi que fasse celui-ci, tu t’accrocheras à ses jambes (voire à son aine s’il s’appelle James, ou à son nombril si Claire est son nom), et y resteras collée comme le mauvais goût à Jean-Jacques Goldman. »

Et la tique s’accrocha. [Selon certaines sources tardives, il est un réalisateur à queue de cheval qui en attrapa huit en trois semaines.] [Record égalé par Jean-Fred.]

Producteur & réa en plein brainstorming.

Producteur & réa en plein brainstorming.

Puis, l’heure de l’apéro guettant, le Seigneur créa la tourbe.

« Le sol de ces hautes terres sera mou comme la boue, et trompeur comme le serpent ; mais, tiens, c’est une idée, ça, voilà, pas uniformément ; histoire de bien prendre en traître tout artiste aventureux. Huhu, Je me demande bien où Je vais chercher tout ça. »

Et ainsi en fut-il du sol des hautes terres ; son apparence rugueuse n’est qu’illusion à l’œil de l’homme, et cache limon et eaux. Aussi l’artiste patauge-t-il dans la fange, et ses techniciens voient-ils leurs orteils flétrir tels des pommes oubliées.

Encore insatisfait, Dieu se remit à l’ouvrage sous le soleil d’après-midi, et en rajouta une couche.

« Divers endroits anodins cacheront de hauts trous d’eau, pareils à des sables mouvants. À peine l’esthète y posera-t-il le pied que celui-ci s’enfoncera ; et l’homme s’enfoncera à sa suite. »

Saaables fielleux...

‘Ha shit, voici qui nique mon planning…’

Il y eut un blanc.

« Quelque chose me dit qu’un crétin ou autre pourrait même s’y laisser piéger à diverses reprises. »

[Et le Seigneur avait raison –en même temps, c’est le Seigneur, hein : le réalisateur à queue de cheval se retrouva par deux fois, pas une, non non, mais bien deux, plongé jusqu’à la poitrine, caméra en main, dans une gadoue sordide (cf. mon apparition à 02’20), à gueuler au secours sans jamais être entendu, obligé de ramper (tel le serpent, lui aussi) pour s’en sortir.]

Le soir tombant, Dieu interdit au soleil de se montrer, et à tout arbre de pousser sur les grises landes.

« Ainsi le vent pourra-t-il souffler, hurler, tordre et plier à loisir ; et les cinéastes souffriront, et les acteurs hurleront leurs textes, et les ingés son pleureront à l’abri de leurs– ben non, pas à l’abri du tout, du coup. »

Le crépuscule approchant, le Seigneur sourit et, dégainant enfin son arme fatale, créa le midge.

« Nul ne te connaîtra qu’en ces terres maudites. Tu auras l’apparence du moustique, mais n’en auras point la taille ; aussi pourras-tu passer outre les moustiquaires. Tu auras un tempérament étonnamment sociable, et ne te déplaceras qu’avec tes deux millions d’amis. Tu feras en sorte de piquer, autant que tu le peux, l’artiste torturé, qui méritera ainsi l’octroi de cet épithète, et t’attacheras à ruiner chacun de ses plans : tu mordras les acteurs, toi et tes compagnons vous baladerez dans le cadre par centaines, tu bzzzeteras aux oreilles de tous.

Un alien, un predator, un midge.

Un alien, un predator, un midge.

Et tous te craindront, et tous te fuiront. Et des sites internet relatifs à ta présence verront le jour pour célébrer tes actes. »

…ce qui explique qu’à ce jour encore, les Highlands restent, en dépit de leur beauté sauvage, fort peu touristiques –et fort dépeuplées.*

(…)

Cela étant. Cela étant cela étant, je sais gré à Dieu d’avoir si spectaculairement dizaïné ses paysages nordiques, et surtout d’avoir créé (très probablement pour se faire pardonner le midge susnommé) ces trop jolies vaches à franges super musclées –encore plus sympas que nos meugleuses françaises…

Allez, reposons-nous. Aux dernières nouvelles, pas de midges en France (Dieu merci). Et pas de midges en hiver de toute façon. Haaa qu’il fait bon dans la grisaille parisienne.

* [Comme nous l’a dit (véridique, et peu étonnant) une habitante des îles, faut y être né pour y vivre…]

Une réflexion sur “La Genèse : les inédits

  1. Et Dieu créa la patience, qui permet d’endurer les peines sans se plaindre,
    et il en dota l’artiste, qu’il avait déjà pourvu d’un fourmillement d’idées, et d’un formidable humour.
    Et Il vit que cela était bon…

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