JOUR 6 : BRRR

Le jour 6 s’avère une journée presque normale. « Presque », car nous shootons tout de même, et comme toujours, (1) en extérieurs (sauvages), sous des lumières et nuages changeants, ainsi que bien sûr (2) dans le vent et le froid, le tout (3) à rythme soutenu (quatre séquences complètes sont prévues pour la journée, dont seules trois seront, au final, tournées –la pluie sabotant nos plans vespéraux).

Bref. « Journée presque normale », écrivais-je… Quoique. La première séquence de ladite journée vit se succéder diverses anecdotes certes discrètes mais néanmoins pénibles.

Cette séquence, au cours de laquelle Stéphanie, incarnée par Maia, se baigne dans les eaux d’un loch, demandait notamment la création d’une prothèse (ce genre de chose) –grande spécialité de notre maquilleuse SFX Sarah. Or, voici que ladite prothèse, sculptée la veille, peaufinée aux aurores et appliquée sur Maia juste avant que le van ne se mette en marche (lire « très tôt »), tombe en morceaux en cours de route –because la route était longue, très longue (de Tarbert à Rodel), ainsi que cahoteuse.

Sarah, les yeux rouges, m’annonce donc que son super boulot de la veille (et du petit matin) est bon à jeter : le coton du T-shirt a collé au maquillage, le latex s’est tordu, que sais-je encore… Même moi qui n’y connais rien, je jette un œil aux dégâts et constate que ha ouais, d’accord, c’est tout pourri, en fait. Et on parle bien là d’heures de taf. Le planning de la journée semble tomber à l’eau, un frisson fait des allers-retours sur mon échine. C’est cependant compter sans Sarah (il va falloir que je vous en parle un de ces quatre, de Sarah ; MacGyver lui donne du ‘vous’, paraît-il) qui, s’étant remotivée après 7 secondes d’abattement, se dit prête à tenter, en, allez, 45 minutes chrono, de sauver les meubles –c’est-à-dire à re-sculpter sa prothèse, virer le coton malvenu, peindre l’ensemble, etc ; le tout sur la banquette arrière du van.

Sarah en action

Sarah en action.

Tous quittent alors le véhicule : l’équipe part pour le lieu de tournage n°2, à 20 minutes de marche (le lieu n°1 n’étant fréquenté que par Maia, Sarah et moi, scène dévêtue oblige) ; et je m’autorise, pour ma part, à prendre un bon bain de sables mouvants –rien de tel pour faire passer le stress du moyen terme. [Malheureusement pour vous, personne n’était là pour prendre des photos.]

45 minutes passent donc ; je patauge, me sèche un peu, râle beaucoup, et reviens pour trouver, ma foi, une prothèse ahurissante de réalisme. Pour être franc, je ne sais pas de quoi cet effet (puisqu’il s’agit d’un effet spécial, hein) était censé avoir l’air avant catastrophe, mais je ne pense honnêtement pas qu’il aurait eu davantage, voire simplement autant, de gueule. Sarah elle-même, pourtant discrète, s’avoue heureuse du résultat. La première séquence de la journée est donc sauvée ; sauvée et tournée dans la foulée, avec un retard encore tolérable. (Sarah, maquilleuse-déco-scripte-clapwoman-et j’en passe, s’avèrant donc aussi douée pour l’impro que pour ses prépas… Sans déconner, quelle équipe!)

Nous tournons donc dans la foulée, disais-je, de même que dans la douleur. Bah oui, parce que je parlais bien de plusieurs incidents –et les problèmes de maquillage et de sables ne suffisant pas, le Frrroid se rappelle à notre bon souvenir, et en particulier à celui de Maia, qui joue nue, dans une eau parfaitement glaciale, au creux d’une vasque fouettée par l’air marin.

Pour une prise donnée, donc (et on parle là de cinq plans différents, avec pour chacun desdits plans deux ou trois prises différentes), Maia s’installe en bord de loch, emmitouflée dans une couverture de laine (les pieds dans l’eau, ceci dit) ; je prépare mon plan (mon axe, mon optique, mes réglages…), lance un « Moteur ! » ; Sarah récupère la couverture et court hors champ, alors que Maia prend place dans l’eau ; nous tournons –je filme, Maia joue, Sarah se prépare à me frapper si je dis que bof-on-n’y-croit-pas ; puis au « Cut ! » final, Sarah se précipite, Maia rejoint la rive, la première frictionne la seconde, et c’est reparti pour un tour. Tout ça pendant une grosse demi-heure.*

La couverture de laine jouera elle aussi dans le film (cf. médaillon)...

La couverture de laine jouera, elle aussi, dans le film (cf. médaillon).

Le reste de la journée, en dépit de longues marches, de vents froids et de pluie insistante, sera tellement plus simple, tellement plus « normal » (enfin, n’exagérons pas non plus…), que rien ne mérite de mention particulière.

Deuxième séquence du jour, dans un décor pas dégueu...

Deuxième séquence du jour, dans un décor pas dégueu…

Ha si, quand même, je m’en voudrais de ne pas parler des moutons highlanders, qui s’amusent à traverser, absolument n’importe comment, devant le van, de jour comme de nuit, quand ils ne passent pas leur temps à se frotter aux câbles de proches pylônes. (Comme quoi les moutons Scottish sont au moins aussi cons que leurs homologues français. Ce que nous savions déjà, remarque.)

Fin du jour 6 ; ainsi s’achève donc notre première semaine de taf écossais, avec, ô miracle, une seule séquence de retard. [Et avec aussi, fuckin’hell, tellement de fatigues accumulées que l’on se demande bien si l’on survivra à la suite.]

To be continued.

* [J’ai depuis revu, aux côtés de Maia, le superbe The Grey, qui a arraché à mon actrice ce pertinent commentaire : « Hé ben, eux aussi, ils ont dû en chier, sur ce tournage. » Et en effet, il semblerait que les tournages nordiques soient souvent froids : Maia, Liam Neeson, même combat. Quoique leurs salaires respectifs ne soient pas vraiment semblables…]

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