J6 (bonus) : EMAIL DE MAIA

Je reproduis ici, avec son autorisation –ainsi que certaines coupures–, un email de Maia (qui interprète Stéphanie), adressé à quelques proches en fin de semaine 1. Vous y retrouverez quelques anecdotes précédemment citées sur ce blog, et comprendrez surtout qu’en dépit de mes penchants marseillais, je n’ai nullement exagéré les difficultés de l’aventure…

Email de Maia, donc, le 22 juin 2013 :

Quelques nouvelles du front après une première semaine (6 jours) de tournage qui vient de s’achever, sanctionnée par un très attendu et bien mérité jour de repos (oui, 1 jour de repos, y a pas eu 1936 en Écosse, je ne parle même pas des 35h et RTT, Aubry où es-tu ?) demain samedi.

Première nouvelle, nous sommes tous vivants. Et c’est pas anodin : l’équipe négocie âprement depuis quelques jours de se voir offrir un tee-shirt en fin de tournage « J’ai tourné avec Marc Lahore et je suis vivant(e) ». Voici quelques occasions qui auraient pu nous conduire à ne jamais plus avoir à porter de tee-shirt :

1/ l’épuisement – de belles journées/nuits remplies de chez remplies, et quand on a 5 heures de sommeil d’affilée, on est contents, et on repart, et le plus incroyable c’est que c’est physiquement possible (oui, je pousse mon corps dans des terrains jusque là peu explorés) ! (Ah ouais, il est malin le réal, il trouve toujours que les journées de tournage sont trop courtes, donc ce coup là, il a trouvé un pays où on peut tourner en extérieur sans lumière supplémentaire jusqu’à 23h. Futé le garçon…)

2/ les bêtes sauvages – on est attaqués de toutes parts par les tiques, nous nous épouillons chaque soirs tels des macaques ; et les midges nous tournent autour (mais pas tout le temps). Et les phoques, on a vu plein de phoques (bon, c’est pas vraiment une menace, mais fallait bien que je mette quelque part qu’on avait vu des phoques, c’était super) !

3/ les bêtes pas sauvages – les moutons, partout, qui traversent la route devant le camion au dernier moment, parce qu’ils sont absolument chez eux. Ils nous ont fait de belles frayeurs ceux-là !

Autoportrait dit 'au brouillard menaçant'.

Autoportrait dit ‘au brouillard menaçant’.

4/ la nature sauvage – la tourbe, qui mouille beaucoup (on est finalement tous en bottes, sur-pantalons de k-way, guêtres, et pourtant toujours les pieds trempés à la fin de la journée), mais aussi dans laquelle on s’enfonce (record battu par Marc aujourd’hui, qui en mettant son pied dans 10 cm d’eau s’est retrouvé enfoncé jusqu’à la taille… véridique, je crois qu’il a eu le temps d’imaginer qu’il finirait ses jours englouti dans la belle Écosse… il a quand même réussi à lever le bras et sauver la caméra, beaux réflexes !) Ah et aussi, hier soir, on a failli tous se perdre dans le brouillard en essayant de retrouver le camion garé à normalement 20 minutes du lieu de tournage, mais bien plus au final. On est restés groupés par 3, et avec des frontales puis les phares du camion grâce au premier qui l’avait trouvé, on n’a perdu personne. Heureusement : quelques minutes après il faisait (en plus) nuit noire.

5/ le froid – ah ouais, c’est beau l’Écosse, mais c’est pas les Bahamas hein… Allez, au mieux, on a dû avoir 14°. Le reste du temps, ça caille, y a du vent (tout le temps), de la pluie (parfois), du soleil (presque) jamais. Et bien sûr, on ne tourne qu’en extérieur, donc quand la journée dure dix plombes, c’est dix plombes dehors. C’est un peu comme une journée de ski, de haute montagne ou à la mer, à la fin on a les joues qui chauffent, les yeux qui piquent et on veut juste dormir !

Deuxième nouvelle (ouais, je suis un peu didactique, mais mon cerveau ressemble tellement plus à rien qu’il faut que je garde le fil), on est arrivés au bout de 6 jours de tournage avec seulement 1 séquence de retard, qui devait se tourner ce soir mais il a plu, et on n’avait pas vraiment le temps d’attendre qu’il ne pleuve plus, sinon c’était la nuit. Dommage, on a failli jusqu’au dernier moment n’avoir aucun retard ! Bah, pas très grave, juste une petite soirée en plus à caler un jour où il n’est pas prévu qu’on tourne de soir. 😉

On a fini de tourner l’« hiver », j’ai coupé mes cheveux et on a changé de saison (ce qui veut dire des costumes plus légers, dommage !). On n’a pas vraiment commencé les séquences de tennis, du coup mes côtes continuent de se reposer, c’est bien comme ça. [Nb : Maia s’était en effet blessée une semaine en amont du tournage, et a passé sa première semaine écossaise sanglée dans un long strap médical.]

Côté ambiance, nickel. Y a eu une crise de stress/confiance/panique au jour 3 ; Marc n’arrivait pas à régler sa caméra et avait l’impression que tout était foutu, il a plu beaucoup et on a dû rester dessous longtemps, tout le monde commençait à accuser la fatigue… Puis ça s’est dénoué, un peu par magie parce que les 3 jours qui ont suivi étaient extrêmement intenses. Et pourtant voilà, l’ambiance s’est détendue, elle est très bonne, heureusement, mieux vaut rester soudés. En tout cas, de sacrés gens super motivés/investis/engagés, c’est beau à voir.

Marc (qui, au passage, ne ressemble plus à rien : pas rasé, bronzé/rougi – oui, mystère, y a presque pas de soleil, mais on bronze/crame quand même, imbibés d’eau des pieds à la tête et dans des habits couleur terre – car il marche à travers lacs, court dans la terre, se couche au sol pour mieux filmer…) est toujours dans une énergie de ouf, à mi-chemin entre l’épuisement intégral et le survoltage cocaïné complet, mais toujours sur la brèche pour filmer, improviser, s’adapter, changer son découpage tout le temps en fonction des décors/du retard/de la météo (mais aussi prendre soin de l’équipe, remercier chacun tout le temps, gérer les tensions, s’occuper des décors, des costumes, du planning, tout ça et j’en passe). Finalement, et malgré des difficultés au démarrage, il est content des images qu’il a tournées jusque là et il se dit qu’il rattrapera au montage/à l’étalonnage les soucis rencontrés. Bref, il garde le cap.

"[Visage] bronzé/rougi – oui, mystère, y a presque pas de soleil, mais on bronze/crame quand même..."

« [Visage] bronzé/rougi – oui, mystère, y a presque pas de soleil, mais on bronze/crame quand même… »

Sinon moi je cherche toujours ce que je fous là. J’ai l’impression de jouer comme une patate (pleine de mayonnaise – industrielle, ça va de soi), d’autant que j’ai pas de mémoire et qu’il faut apprendre des lignes, c’est la galère, j’aime pas le froid et j’ai tout le temps froid, j’aime dormir et je suis épuisée, j’ai pas pu ouvrir un bouquin depuis 5 jours… Et pourtant, je ne donnerais ma place pour rien au monde. Allez comprendre.

[…]

Allez, je file au lit, avec Joan Baez dans les oreilles (putain de tournage, moi qui tombe comme une mouche d’habitude, impossible de m’endormir directement, je suis obligée de gruger mon cerveau en lui mettant de la musique dans les oreilles et en espérant m’endormir avant la fin du CD. Alors que les minutes de sommeil sont comptées ! Grrrrr.)

[…]

À bientôt par là-bas [en France], arrangez-vous pour qu’il fasse beau d’ici notre retour, je pense que j’aurai besoin de ma dose de chaleur !

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