JOUR 7 : RUNNING IN THE RAIN

Dimanche 23 juin, reprise du tournage après une journée de semi-repos.

(‘Semi’, parce qu’entre la déco à rattraper [nous testons puis retaillons le ‘court de tennis’, aux dimensions hasardeuses ; imaginons de quoi le fixer au sol ; rapiéçons la grand-tente, qui souffre de se voir démonter et remonter en permanence, et en hâte, dans le vent la pluie la boue…], les accessoires  à rassembler [j’y reviendrai] et la recherche de nouveaux décors [certains lieux pré-repérés en décembre se révélant au final par trop humides, et de ce fait inaptes à accueillir un tournage], nous avons pas mal de pain sur la planche lors de ce premier samedi off.)

Je disais donc. Dimanche 23, reprise.

Nous tournons au matin sur la côte ouest de l’île. Le paysage y est à tomber, la faune s’y montre étonnamment accueillante (des dizaines –j’hésite à parler de centaines– de lapins sauvages se dispersant devant nous pour se cacher au sein de grasses collines, aussi creusées que des gruyères), MAIS. Mais le temps, lui, se refuse à toute sympathie : il pleut toute la journée, comme il pleut dans les Highlands, c’est-à-dire par intervalles ; 10 minutes de pluie, 10 de pause, 5 minutes de pluie, 5 de pause… Le supplice de la goutte chinoise à l’échelle d’un archipel.

Pis du vent, bien sûr. Assez de vent pour que Romain, notre increvable ingé son, lâche l’affaire le temps de quelques prises (en dépit d’une bonnette ‘spéciale grand vent’ [en photo ici], construite rien-que-pour-lui !) (C’est vous dire si ça souffle… Selon la météo, nous atteignions le 70km/h. Et pas un arbre en vue, hein : les Highlands. Spectaculaires, certes, mais allez donc y trouver le moindre buisson.)

Petit vent d'été. D'été écossais, quoi.

Petit vent d’été. Enfin, d’été écossais, quoi.

Le tournage du jour joue donc double jeu ; s’avérant, d’une part, étonnamment gai, chacun gardant miraculeusement la pêche, et d’autre part (pour changer), affreusement galère.

Un truc tout con, par exemple, que l’on n’apprend sûrement pas dans les écoles de cinéma, est l’équation suivante : gros vent + pluie = pluie à l’horizontale. Et pluie à l’horizontale = impossible de filmer. D’où deux parapluies pour protéger la caméra, quand Ben ne se place pas, carrément, juste au-dessus de celle-ci, K-Way tendu en tablier devant lui ; je filme alors… entre ses jambes. Bah ouais.

Marc, sa caméra et son parapluie rouge.

Marc, sa caméra et son parapluie rouge.

D’où aussi des difficultés ô combien accrues pour mes comédiens : Si Pierre peut, une fois n’est pas coutume, souffler un chouïa en ce jour 7, mes deux autres tennis warriors passent en revanche des heures à courir, aligner flexions, abdos et tractions sous la flotte –nous tournons, en ce dimanche, quasi-exclusivement des séquences sportives opposant James à Maia.

(Afin d’être tout-à-fait précis, et pour ne dorer en rien […] nos souvenirs du jour, je noterai ici que les séquences susnommées étaient parfois réalisées dans des conditions relativement dangereuses –en équilibre sur des rochers glissants, par exemple–, sans aucun moyen de prévenir d’éventuels accidents. Il nous fallait rester vigilants, tourner vite et jouer précisément. [Ainsi que croiser les doigts, je suppose.] Pas de quoi être fier, non ; seulement voilà… je ne sais pas ce que nous aurions pu faire d’autre. Le film avant tout ? Dans les faits, ouais. Un credo qui aurait cependant pu s’avérer problématique. Enfin… Nul incident n’est survenu.)

Nous trimons, sportons et filmons donc, n’abandonnant rien –quitte à simplifier quelques séquences et à improviser certains des exercices sportifs en fonction du moment ou du relief environnant.

James & Maia, avec et sans chaise.

James & Maia, avec et sans chaise.

L’après-midi, séquence de course : le lieu ‘original’ (lire ‘envisagé jusqu’au déluge de mi-journée’) est inaccessible tant il goutte ; je saute de joie, évidemment… et pars donc, aux côtés de Ben, en repérages-express, pendant que les troupes mangent.

Nous tournons au final, et jusqu’au soir venu, à deux miles du gîte, dans un entonnoir naturel, bordé de falaises rocheuses, qui présente le triple avantage de (a) n’être point trop éloigné de la route (peu de marche, donc), (b) présenter une belle gueule (souvenez-vous, l’Écosse, c’est Scarlett Johansson : reloue mais superbe) ; et (c) nous abriter du vent –vive les cuvettes. Romain repart donc à l’attaque… aussi pourrez-vous entendre, en plus de les voir, mes acteurs souffrir en enquillant les pompes.

L'entonnoir (en médaillon, Sarah, toujours souriante).

L’entonnoir (en médaillon, Sarah travaille ses abdos).

Eeet oualà. Journée froide et humide, donc, mais néanmoins efficace. Tout-à-fait représentative, au final, de ce que fut le tournage : une sombre galère dans ses aspects matériels et physiques (ceux-ci incluant évidemment climat et matériel technique), galère pourtant transcendée –ou tout du moins mise à l’échec– par une solidarité sans faille, et une envie, une hargne, voire un besoin, authentiques, de continuer à filmer coûte que coûte et de finir ce foutu film en dépit des obstacles.

To be continued.

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