JOUR 9 (1) : FUCKIN’ HELL

Fuckin’ hell, comme ils disent, là haut. Quasi au sens propre.

Parce qu’autant l’écrire tout de suite, le jour 9 fut un enfer. Très humide, ce qui pourra paraître bizarre, mais un enfer quand même. Pour tous, et tout du long.

De fait, en ce jour 9, la nature nous fait la gueule. Et Mère Nature n’a rien d’une maman poule, croyez-moi. (Ou allez donc vous balader dans les Highlands au petit matin un jour de tempête, vous en jugerez par vous-mêmes.)

Plusieurs ennemis (toujours les mêmes, mais toujours plus forts) (comme les bad guys des slashers d’antans) s’opposent ainsi à nous :

LE FROID

Tout d’abord, et comme toujours –mais croyez-moi, pas moyen de s’y habituer–, il fait froid. Froid au point que je me surprends souvent à me dire, alors que nous galérons dans le vent (ou la boue) (ou le sable) (ou sous la pluie, voire les insectes), que quoi qu’il arrive en postprod, quels que soient les problèmes à venir après le tournage, ce seront toujours et au moins des problèmes à affronter au sec et au chaud. Très franchement, rien de tel que l’eau et le froid pour miner le moral –ainsi que le physique, courir les pieds trempés une journée durant s’apparentant à une véritable torture.

Dès le matin, James et Maia manquent donc geler sur place, à semi-improviser une séquence (réécrite la veille) à découvert, dans le vent, au bord de l’eau… le tout en tenues fort légères : sweats, shorts, collants, baskets, là où nous autres techniciens empilons pulls, K-ways, surpantalons, gants et bottes.

C'est beau, tout ça. Mais on gèle.

C’est beau, tout ça. Mais on gèle.

La vraiment mauvaise nouvelle, c’est que très vite, à partir de, quoi, midi ?, le froid ne fait qu’empirer. Notamment lorsque débarque–

LA PLUIE

Bon, la pluie, on en a déjà parlé, hm ? Sauf que si nous bénéficions jusque là de « simples » giboulées, hahaha-tranquille (…), nous avons droit en ce mardi maudit à un putain de MUR d’eau. Comme un brouillard, en version bodybuildée, tout en lourdes gouttes mutantes. Résultat ? Ben, le plan ci-dessous, par exemple, shooté sous des trrrrombes d’eau :

??? [image non retouchée]

!? [image non retouchée]

C’est beau, non ? De fait, je ne vois rien, rien de rien, que dalle, nada, niente, dans mon viseur (d’autant que, pour ne rien arranger, et comme je l’écrivais il y a quelques temps, pluie + vent = pluie horizontale). Nous tournons donc une courte séquence de marche au jugé, en privilégiant les courtes focales (augmentant l’angle de champ, de grands angles s’avérant logiquement plus propices à filmer au hasard), sous une pluie totale.

Après quoi nous nous replions, en quatrième vitesse, sous la grand-tente (celle de nos personnages), trempés jusqu’aux os –les trois comédiens en tête puisque, bien évidemment, leurs persos ne portent ni impers ni protections…–, et y attendons que le déluge cesse.

Je reproduis ici les notes de Maia : « Et merde. De la pluie (…) toute la journée. Beaucoup d’impros, de tensions, de froid, tout le monde mouillé + à bout… (…) Repli + repas cata sous la tente. »

(Ajouterai-je que le planning du jour était affreusement chargé, et que nous ne pouvions trop perdre de temps ? Yep, je l’ajoute.)

Tent, sweet tent.

Tent, sweet tent.

HEUREUSEMENT. Heureusement, dans cet enfer climatique, Sarah, toujours elle, nous prouve à quel point elle tient de Rahan. Ou de MacGyver. Bref, de ce genre de gars-qui-sait-tout-faire. S’apercevant fort tôt que certains d’entre nous ne survivront pas à la journée, elle allume (!) et entretient, Dieu sait comment, un feu. Incroyable. Sans rire, incroyable. Et non seulement ledit feu fonctionne, mais, mais mais mais, il permet en outre à Ben (et Sarah, donc) de griller des saucisses.

Sans ce feu, on claquait, je pense. Ou nous devenions hystériques.

Merci, Sarah...

Sarah saving the day.

La pluie cesse enfin (il nous aura fallu entretemps réinventer les séquences à tourner par la suite –celles originellement prévues, champêtres et ensoleillées, ne pouvant décemment plus se voir tournées sous un ciel noir). Nous sortons donc de la tente et enquillons, à toute allure et étonnamment bien, trois courtes séquences (à ajouter aux deux du matin) (plus rapide, tu meurs).

À ce propos, d’ailleurs, je tiens à noter tout de même : je râle, je peste, je chouine beaucoup, là, mais il faut lire entre les lignes, et savoir y retrouver une volonté, très cathartique je suppose, d’exorciser de si mauvais souvenirs.

Pourquoi noter ici cela ? Hé bien parce que toute difficile qu’ait été cette journée, beaucoup des images que nous tournâmes alors sont au final réussies. James, Maia et Pierre y assurent comme des bêtes, les décors bouffés de nuages en deviennent impressionnants… Bref, si j’allume mon Avid, je devrais y trouver des plans qui tabassent. Objectivement, nous nous en sommes tirés (encore une fois, merci mon équipe !). Subjectivement, par contre… Tout ça fait un beau gros paquet de mémoires galères.

Bref. Ceci étant noté, reprenons.

Nous tournons d’arrache-pied, et nous préparons à shooter LA grande séquence du jour (la sixième, oui), quand nous découvrons –allez, redécouvrons, parce que chacun le sait, en théorie– l’équation suivante : tourbe + eau (beaucoup d’eau) = gadoue.

Le bal des malheurs continue, avec un nouveau guest :

LA BOUE

Or tennis et boue ne font pas bon ménage ; la soirée devait voir James et Maia s’affronter sur un plateau herbeux, incroyablement beau, dominant la mer –plateau que nous surnommions, depuis nos repérages de la semaine zéro, « Wimbledon » :

"Wimbledon"

Wimbledon.

Mais voilà-t-y pas que notre Wimbledon en est réduit à une étendue de boue : à peine mes acteurs avancent-ils sur le court que de noirs sillons apparaissent à terre.

James et Maia manquent y perdre leurs pattes (cf. notes de Maia : « Un terrain tellement mouillé qu’on s’enfonce jusqu’aux chevilles. »), marchent au ralenti, se démènent pourtant à balancer leurs textes, comme si de rien n’était, comme si leurs pieds étaient secs… et ils réussissent, mais ouais, à m’y faire croire. Unbelievable. Mais vrai. Foutus comédiens de génie, j’te jure. Qui auront sauvé mon film à tant de reprises…

Ha. Mais donc. Au final, me direz-vous, tout va bien, alors ? Vous vous en êtes sortis ? Hé bien, oui et non ; disons que « hum ». Pas si simple. Car alors que nous shootons, dans la douleur, le début de notre ultime séquence, hé bien… le soir tombe. Et avec lui déboulent de nouvelles complications.

Deux gros problèmes –deux fort gros problèmes– restaient encore à venir. Mais je vais faire mon Hitchcock, là, et en garder sous le coude pour un futur post. Comment dit-on, déjà ? Ha ouais :

To be continued.

Pis allez, en cadeaux bonus, deux photos pour le plaisir (?) –photos qui se passent, je crois, de commentaires :

pierre

bottes

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