JOUR 11 (1) : YANG

Beaucoup de Yang et peu de Yin (en partant du principe que le Yang est le bad guy) pour commencer ce jour 11… dont les pires des guest stars, ces saletés de terroristes midges (j’en ai déjà parlé , pour mémoire).

Les problèmes s’empilent dès le lever (aux aurores). Déjà, il pleut. Bon, l’Écosse, quoi. Pire encore, il vente ; et il vente grave, suffisamment pour que nous décidions de changer notre décor du matin au pied levé (!) –nous devions tourner la première séquence du jour sur un promontoire en bord de mer–, Romain affirmant qu’en dépit de sa bonnette tornade-proof, commandée et construite spécialement pour le tournage, il sera « battu au son ». Ajouterai-je que bien évidemment, la séquence à tourner est théoriquement douce, feutrée, intimiste ? Bah oui, je l’ajoute. Parce que tourner doux, feutré et intimiste dans la tempête est, ma foi, un autre challenge encore à relever.

J’opte donc pour un plan B, et me décide à filmer au beau milieu d’un défilé de rocs, découvert tout-à-fait par hasard lors des repérages sauvages du jour 7 (comme quoi…). Le paysage y est splendide, une rivière sauvage pourra remplacer l’onde marine …

…mais le lieu est dur d’accès. Nous trimons donc à rejoindre le défilé et y trouver l’Endroit Idéal, tâchant de ne pas chuter du haut de la colline (pour ne pas dire de la falaise) en contrebas. (Pour ceux qui croiraient que j’en rajoute, suivent des rushes du matin : à l’image, le sommet de la ‘colline’ et sa base…)

"En haut. En bas.", comme dirait Claude François.

« En haut. En bas. », comme dirait Claude François.

Nous trouvons finalement. Nous installons. Répétons. Préparons enfin la première prise, quand… Incoming ! MIDGES !

Des centaines, possiblement un millier ?, de midges s’abattent soudainement sur l’équipe, comme ça, pouf. On se croirait dans une BD d’Hugo Pratt, chacun luttant contre un nuage d’insectes voraces auréolant son visage. Tout le monde se met à se flanquer des claques (véridique), tant ces minuscules bestioles sont agaçantes : les midges font mal ; certes pas mal à pleurer des larmes de sang, bien sûr, mais mal tout de même. De vraies orties ailées, omniprésentes, qui rendent vite fous, et donnent fort envie de ça. Or, point d’armes à proximité. D’où : vite, de la crème (anti-midges) pour tous ! Mouais. Nous voilà tous blanc-crème. Alors certes, ça fait d’un coup moins mal, mais, aïe, quand même, saleté !, quand même, mais-heu !, quand même, aïe, ça n’est pas pratique… et nos ennemis restent d’attaque.

Nous nous séparons donc, afin de diviser les assaillants… À nouveau, mouais. Effectivement, les midges s’avèrent vaguement moins actifs lorsque leurs cibles ne sont plus regroupées. Mais bon. Il y a du coup dix mètres entre chacun de nous. Pas l’idéal sur un plateau.

« Allez, aïe, on essaie quand même une prise, rah, mais casse-toi, toi !? Moteur, tssst, j’en ai avalé un, là, ça tourne, et, ouste !, action ! (Souvenez-vous, hein, je l’ai écrit plus haut : « Séquence feutrée et intimiste »…) (…) OK, non, c’est bon, on replie, j’ai deux cent midges qui passe devant le visage de James toutes les secondes, et autant sur Maia. »

[Suggestion de Cyril : « Écoute, tournons quand même, et les spectateurs se diront que c’est un endroit dangereux ? » / Moi, toujours classe : « Mais non, c’est complètement con, on va avoir ou deux acteurs à la torture qui feront comme si de rien n’était, ou les deux mêmes acteurs qui se filent des gifles tellement ils galèrent ! Non, on se casse. »]

Nous nous cassons donc. Direction… le sommet (pelé) de la colline, à savoir : en plein dans le vent (et la pluie intermittente). Soit en hauteur, à l’air libre, offerts aux éléments que nous fuyions depuis le réveil ! Top. Et d’autant plus top qu’avec ça, la matinée ne nous a nullement attendus pour avancer. Alors que nous n’avons encore rien tourné.

Un peu de pluie en attendant les insectes...

Un peu de pluie en attendant les insectes…

Heureusement, heureusement, un brin de Yin débarque : le vent accomplit sa tâche, et chasse les midges, tout en restant suffisamment calme pour que Romain sorte ses micros ; et surtout, surtout, Maia nous fait rattraper une bonne heure –facile– en improvisant un début de séquence, disons, énervé, certes moins feutré qu’originellement prévu, mais tellement plus spectaculaire, tellement plus cinégénique et, tout compte fait, tellement plus intime… Bref, je cadre et me laisse guider.

Seconde partie de séquence ? James prend la relève, et improvise à son tour, dans les mêmes tons. Impressionnant. Là encore, je réduis mon découpage au strict minimum, et me borne à suivre mes acteurs (tout en les replaçant au sein du nouveau décor qui, s’il n’a rien d’un bord d’eau [de mer ou de ruisseau], est en revanche doté d’un charme romantique et sauvage fort Jurassicparkien).

Ne manquent que les dinosaures...

En contrebas. Sans rire, ne manquent que les dinosaures…

Mes comédiens sauvent donc la séquence –je ne sais même pas s’ils s’en rendent bien compte–, alors que je passe du râle au sourire. Cerise sur le gâteau : la pluie ne tombe que sur les derniers plans, encore relativement douce, nous permettant d’achever le taf du matin (matin très avancé…) sans trop de mal. (« Je vais galérer sur mes raccords ‘climatiques’, par contre », pense le Marc-réa en songeant au futur Marc-monteur…)

Anyway.

Nous sommes malgré tout bien à la bourre. Et trempés, as usual. Une première partie de l’équipe rentre donc a casa, où l’attend une coiffeuse chargée de rasouiller les comédiens, et une seconde reste sur place une heure supplémentaire, histoire de shooter quelques plans unissant le cours d’eau originel à la séquence ‘colline’ –tout le monde suit, même dans le fond ? Je ne suis pas sûr d’être bien clair. Mais peut-on l’être, pouvait-on l’être, dans de telles conditions, forcé(s) à changer, deux fois d’affilée, le lieu de tournage et à recalibrer au vol, en fonction de décors inconnus, la séquence du jour ? Le tout bien sûr au dernier, absolument dernier moment ? (En ‘temps réel’, en fait ?)

Toujours est-il que, bénis soient mes acteurs, nous avons tourné notre séquence. Et qu’en plus de cela, ladite séquence fonctionne. Malgré la pluie, malgré le vent, malgré ces fucking saletés volantes

Le Yang fut vaincu. Et le Yin, ma foi, nous escorta par la suite tout l’après-midi… Mais ça, ce sera pour un prochain post.

To be continued.

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