J12 (1) : VENT, DINOSAURE & SEXISME

J12. Nous commençons la journée au pied des Callanish Stones, où nous sommes, à nouveau, chaleureusement accueillis –les Écossais, rappelez-vous, sont aussi sympathiques qu’endurants, probable condition sine qua non à la survie sur les îles du nord… Les (courageux) visiteurs de passage jouent gentiment le jeu, dégageant les alentours le temps de nos quelques prises.

Instantanés de tournage : un peu de pluie, énormément de vent, et de ce fait, quelques boissons chaudes sur les tables du Visitors Centre (…à l’intérieur, oui –luxe inouï sur ce tournage !) entre deux déchaînements des airs. Le taf du matin (ainsi que du début de l’après-midi) nous verra ainsi sortir du Centre, y retourner, en ressortir à nouveau… Bref, les Frenchies contre les éléments, comme d’habitude. Mais non sans abri, pour une fois.

Enfin et surtout, la plus drôle des images du jour : derrière le Centre est posté un oiseau à la dégaine unique, quelque part entre le dinosaure et la poule d’eau, le tout surmonté d’un bec Cyranien ; Romain adore l’animal, et plus encore ses cris étranges. Notre ingé son s’équipe donc, approche sa perche de la bête… et l’oiseau, peu commode, attaque ! Il mord la bonnette (bonnette-tout-terrain, fort heureusement), hurle après l’agresseur, tient tête au micro : une mine de sons, que j’imagine étranges, pour Romain, et un spectacle hilarant pour Maia et moi-même.

Broum, woosh, plic ploc, kwaak kwaak.

Broum, woosh, plic ploc, kwaak kwaak. (Et pour la petite histoire, plus de temps à perdre à se raser…)

Après quoi nous repartons pour le sud, longeant une chaîne de montagnes très Conan-le-barbaresques, suffisamment cinégéniques pour que j’en regrette, à diverses reprises (elles me trotteront longuement en tête), leur éloignement de Tarbert : que n’avons-nous donc temps et thunes pour tourner à loisir au sein de si sublimes décors !? Pfff. Life is a bitch. And so is cinema.

M’enfin bon, si beaux ces monts septentrionaux soient-ils, les panoramas méridionaux restent dantesques : en témoigne la première séquence de l’après-midi, marche muette sous le vent, au sein d’un à-plat que Maia décrit dans ses notes comme « la plage la plus grande que j’aie jamais vue (à marée basse) » ; curiosité locale, ladite plage (Luskentyre, déjà nommée sur ce blog -et partiellement filmée quelques jours auparavant) s’étend de fait sur des kilomètres ; la mer brille au loin, ne reprenant ses droits qu’au cours des heures suivantes, noyant alors les alentours.

Pas mal, hm? Et nous sommes bien en Écosse.

Yep, nous sommes bel et bien en Écosse… [Image issue des proxies.]

Suit un nouveau doublé catastrophe-en-vue / résolution-miraculeuse ; quoique le miracle tienne cette fois à trois noms : James, Maia et Sarah (par ordre alphabétique, hein, rien de sexiste là-dedans) (cf. ci-dessous).

Le tournage commence bien, tout fonctionne à peu près (en dépit du grand vent, donc, qui s’est tout de même un chouïa calmé, après quelques heures d’hystérie) ; nous achevons une séquence dense, Pierre repart pour les gîtes… Mais ce faisant, et as usual, nous prenons du retard ; encore une fois, non pas parce que nous traînons, hein (bien au contraire, nous enchaînons les plans à toute allure, minimisant les prises –quand on ne tourne pas, tout bonnement, et directement, des prises uniques !) ; non pas parce que nous traînons, donc, mais bel et bien parce que nous shootons, hé bien, 90 minutes de film en dix-huit jours, le tout en extérieurs et en équipe ultra-réduite.

Petit retard, donc. Quand, en sus de ce retard, apparaît… un problème scénaristique, passé inaperçu de tous en préproduction (!), et pertinemment relevé, un rien trop tard sans doute pour un confort optimal (…quoique le mot « confort » ait été banni du tournage) par Maia. En l’occurrence, un problème de sexisme : grosso modo, et sans trop en dire, le script original voyait Stéphanie perdre pied ; Ralph la réconfortait alors.

Maia : Ouais, donc en fait pour toi, Stéphanie, toute seule, elle tient pas la route, quoi.

Moi : Mais non, mais enfin, mais rien du tout, cette séquence est bâtie en écho à la séquence XX [au cours de laquelle Ralph panique], et illustre tel point Y et tel point Z. Ha mais.

Maia : Mouais. Enfin dans les faits, quand même, elle pète un câble, et Ralph vole à son secours.

Moi : Ben, heu, oui ?

Maia : Donc, quand elle n’est pas protégée par André, elle est protégée par Ralph. Le petit nouveau.

Moi : Heuuu, ouiii ?

Maia : Pas très gender, tout ça. Au temps pour la femme forte. Parce que je te signale quand même qu’on parle d’une championne de tennis, là. Habituée au stress, aux finales, aux journalistes. Pas vraiment la petite fille timide.

Or il est vrai que j’imagine assez mal Serena Williams en chouineuse. Maia argumente, je me sens mourir, mon script est à chier, réactionnaire en diable… et James, toujours dévoué à son rôle, en rajoute une couche : sa partenaire a raison, la séquence n’a que peu de sens telle qu’elle est écrite, son personnage à lui n’est pas suffisamment solide pour calmer la Sharapova des Highlands… Un peu apeuré (lire « complètement mortifié »), je balance un pauvre : « OK, d’accord, bien, je vois, j’entends, super, tout ça, mais. Que voulez-vous que j’y fasse ?! On est censés tourner la chose maintenant, comme ça, de suite !? Et on ne peut plus changer le planning du jour, là… Vous voyez une solution, vous ? »

Évidemment qu’ils voient.

Mais bim, fin de ma chronique! Parce que j’ai un film à monter, moi… La suite au prochain post, donc : que vont donc proposer ces satanés acteurs ? Comment mettre en scène une séquence encore non écrite ? Lutter contre la tombée de la nuit ? Et autres joyeusetés made in Scotland.

To be continued.

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