J12 (2) : IMPRO D’IMPRO…

[Attention, post bavard, reprenant le précédent là où c’qu’il s’était arrêté.]

Continuons donc.

James et Maia s’entendent sur la solution à notre problème : « Inverser les rôles. » Stéphanie reprend les répliques de Ralph, Ralph celles de Stéphanie. Mouiiii ? Mes deux comédiens se sentent à l’aise avec ce principe, y retrouvent leurs personnages et me proposent d’essayer la chose. Essayons donc (c’est ça ou une séquence de vieux réac, de toute façon) ; ce qui veut quand même dire, roulements de tambours : répéter avant de filmer (!), luxe inouï sur notre plateau (nos montagnes, plutôt). Pour mémoire, nous tournons jour après jour si vite que nous ne prenons pas le temps –que nous n’avons pas le temps– de répéter ; Sidney Lumet (ainsi qu’une foultitude d’autres grands cinéastes, en fait) m’aurait mordu s’il avait vu ça, lui pour qui la moitié du taf passait par des répétitions systématiques. (M’enfin bon, si Lumet et moi partageons la même passion, nos budgets ne sont en revanche guère comparables, hein.)

D’habitude donc, les comédiens se balancent quelques italiennes pendant le transport d’un lieu A (tourbeux) à un lieu B (pluvieux), ou pendant les mises au point techniques des plans à venir. Ni plus, surtout pas plus, ni moins (quoique…).

Bref. Toujours est-il qu’en ce J12, donc, hé bien, nous répétons. Avec une difficulté additionnelle, bien évidemment, au cas où ‘changer le script au tout dernier moment’ s’avérait par trop facile : aux ‘nouveaux rôles’ et ‘nouveaux dialogues’ correspond par la force des choses… un nouveau découpage.

Mise en place (début d'aprèm', deux heures avant la crise).

Mise en place (début d’aprèm’, deux heures avant la crise).

Et, ma foi, je galère : certes, mes acteurs s’en tirent, répètent à toute allure, et me prouvent ce faisant le bien fondé de leurs critiques (ainsi que de leur solution) ; mais ma séquence, originellement fort longue, et remplie de mouvements, prend du retard. Comment diable caser mes 243 plans sur les quelques pauvres heures à venir ?

Sarah m’encourage alors à limiter les mouvements susnommés, me suggérant en outre et au passage une mise-en-contexte propre à la séquence permettant de tout jouer quasi-sur place, sans que je n’y perde trop de plumes. Mouais.

Le temps file. James et Maia semblent maîtriser leurs nouveaux textes, la solution de Sarah paraît crédible, nous testons la chose. Un premier plan (assez large), un second (idem)… Jean-Fred se mord les doigts, sa montre s’affole, et l’on ne peut guère se permettre d’y passer la nuit. Troisième plan, nettement plus rapproché de mes deux comédiens : je laisse tourner. Et suit l’action. James et Maia, nullement étonnés (à ce qu’il paraît, du moins) de ne point entendre le ‘cut’ habituel, continuent sur leur lancée et partent en simili-impro (‘simili’ parce que la séquence est physique, et leurs déplacements dépourvus de repères [pas de discussion préalable, ni de marques au sol…]) : suivent rires-peur-colère-désespoir-retour-au-calme-romance-embarras-et-nouveaux-rires, le tout en 7 minutes chrono et trois ‘grandes’ compositions au cadre.

Trois étapes.

Maia & James en roue libre : leurs vélos tiennent grave la route.

Derrière moi, l’équipe est coite, impressionnée. Je ne sais pas bien quoi dire. Les acteurs eux-mêmes semblent s’être un rien surpris. Flottement –un ange passe, en kilt et K-way–, puis chacun affiche un grand sourire ravi.

Bon. Pourquoi m’emmerder à surdécouper la séquence, alors, si ces deux zouaves peuvent me la jouer en un coup ? D’autant que ce plan-à-rallonge, si inattendu soit-il, s’avère pertinent, parfaitement pertinent, même, au vu de la séquence à filmer ! (Je ne puis détailler ici mes propos, sous peine de spoiler mon propre film, mais je pourrais écrire une demi-thèse [allez, disons un mémoire…] sur le sujet. Sans rire, le plan-séquence reste un exercice hautement casse-gueule. Alors découvrir, comme ça pouf, un peu au hasard, le plan-séquence-improvisé-qui-fait-sens, par la seule grâce de mes acteurs, après réécriture de l’action et des dialogues… Ma foi. J’aurais dû jouer au loto ce jour-là.)

Bref (à nouveau). Le plan fonctionne ? Nous reprenons donc. Et rejouons notre scène de crise en mode ‘plan-séquence’ [pour être tout-à-fait technique, un plan-séquence se suffit à lui-même ; le nôtre n’en est donc pas vraiment un, puisqu’il se voit encadré de courts plans d’exposition et de conclusion]. Deux nouvelles prises suivent donc, d’affilée. Rires-pleurs-colère, etc. Chacune de ses foutues prises me plaît (et quand je me retourne, j’en vois même un ou deux la larme à l’œil, dans le fond). Je sens que je vais galérer au montage, mais bah, tant pis, profitons du moment –pour une fois.

James et Maia m’épargnent ainsi (et s’épargnent ainsi) un booon paquet de plans (et de prises), sauvant du même coup notre planning.

Le jour baisse, baisse baisse, mais m’en fous, haha, on y est quasi, là ; le temps de shooter quelques très rapides plans de fin (fin de séquence, hein), et… voilà pour la soirée, c’est bon, on rembarque, hop hop hop !

Luskentyre by night. Toujours aussi belle.

Luskentyre by night. Toujours aussi belle.

Nous voici repartis pour le van, alors que tombe la nuit sur la grand-plage. Tous félicitent nos deux comédiens, Cyril me confie en loucedé n’avoir jamais été aussi ému sur un plateau… et moi, je me dis que je suis, une fois encore, un foutu veinard : sans James, Maia et Sarah, voire même sans mes penchants de vieux réac misogyne, donc, hé bien, je me retrouvais le bec dans l’eau (froide), à devoir faire sauter un matin de repos (aïe), ou rereremodifier un planning de semaine 3 déjà plus que rempli. Un foutu veinard, quoi. Extrêmement bien entouré.

Producteur épuisé.

Fatigue (allégorie).

Suit un haggis tardif mais enjoué au restau ; une nuit de repos (enfin !) ; et un samedi de (presque) pause. Fin de la semaine 2. Raaah.

To be continued.

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