OÙ EN EST-ON ? (3)

Où en est-on?

Question chronique, et toujours pertinente.

Hé bien, j’ai achevé mon ours à la mi-août –amis des animaux, ne vous fâchez point, nulle torture de plantigrades aux alentours : « l’ours » est le nom communément donné, allez savoir pourquoi, à la première « version intégrale » du film –à savoir le montage bout-à-bout, et ordonné, de chacune de ses séquences, jusqu’alors montées indépendamment.

Mais. Loin d’être un sympathique et pelucheux compagnon, l’ours est pour les réas un ennemi notoire : lourd, rugueux, brut de décoffrage, étonnamment agressif.

D’où panique.

(Ajoutons à cela divers doutes issus des commentaires, ma foi, souvent fort personnels, des quelques rares zoologues ayant pu observer la bête (divers pros de mon entourage, triés sur le volet, sans pitié aucune pour les amis de cœur) (désolé) : le même, le même ours (donc) m’a tout de même valu ces deux commentaires, résumant à eux seuls l’impasse théorique dans laquelle se retrouvent –ou tout du moins peuvent se retrouver– les réas effarouchés :

« Alors OK, t’as tout pour faire un truc énorme, mais franchement, là, faut simplifier, simplifier simplifier simplifier. Ton truc, c’est genre tout Lost en deux heures, on s’y perd complètement, y a beaucoup trop de non-dits. » Puis, à peine quelques jours plus tard : « Alors OK, t’as tout pour faire un truc énorme, mais franchement, là, tu prends teeellement ton spectateur par la main ; tout est si didactique, si évident, si clair… Laisse-nous donc nous débrouiller, mec, joue les non-dits. »

Voilà, voilà.

Voilà, voilà.

Donc.

Ont suivi quinze jours de vacances, à crapahuter sur les monts et côtes du Connemara (Sardou n’a, semble-t-il, pas chanté que des conneries : cette région est effectivement merveilleuse ; un peu comme une version civilisée de l’Écosse, en fait). Quinze jours tout de marches, soleils couchants et embruns, qui m’ont dûment lavé la tête, me permettant de retourner à mon ours avec énergie et, du moins l’espérè-je, sagesse.

Résultat ? Si l’ours durait 130 minutes, la « première version définitive » du métrage (Anthony, si tu lis ce blog, c’est cadeau !) n’en durait plus que 114. Dure épreuve cependant : tous les réas le confirmeront, tronquer des séquences, voire en sacrifier certaines, est un vrai calvaire.

Mi-septembre m’a donc trouvé un rien désespéré : si la nouvelle version s’avérait autrement plus fonctionnelle que ce foutu ours, elle n’en restait pas moins imparfaite. Mais que jeter de plus, ce plan, là ? Nooon, trop puissant. Cette ligne de dialogue, possiblement superflue ? Certes pas, trop importante, en ce qu’elle dévoile du contexte historique. Cette image, alors, juste celle-là, là, un 24e de seconde ? Que nenni, regarde, ce troisième cil frémit de façon si convaincante…

Re-panique.

Cyril a alors sorti de sa manche un atout inattendu, Ben-le-monteur (par opposition à Ben-le-producteur), ami dont il me parlait et reparlait depuis quelques temps.

« Deee quoi ? Un monteur de séries TF1 sur mon chef d’œuvre ? Mais tu rigoles, dis !?

– Il est rapide, il est brillant, il a vingt ans de métier, il devrait pouvoir t’aider.

– Un mec qui apprécie Rohmer ? Hahahahaha, je mourrai d’abord !

– Tu préfères peut-être un gars qui aura un sens plastique parfaitement identique au tien, te félicitera pour ton travail et tuera dans l’œuf toute possible discussion ?

– Bah–

– Et puis à quoi ça t’engage ? Au pire, tu n’aimes pas son taf, et on revient à ta version (selon moi encore trop longue). On ne détruit rien, on tente une alternative.

– … »

Et bim. Ben-le-monteur qui débarque a casa, les yeux affûtés et le clavier vorace. (Non sans que je l’aie d’abord invité à boire un café en bord de Seine, cela dit, histoire de le prévenir que je risquais d’être bien, bien, bien relou. Que je suis monteur, à la base, hé ouais, gars, que je bosse mes montages seul, moi, d’habitude, que j’ai le sens du rythme, mon vieux, etc. Ben m’a écouté, un sourire en coin, et rassuré. Débarquant donc sur mon Avid trois jours plus tard.)

En bas à droite, le film.

En bas à droite, le film.

Résultat ? (Où en est-on, donc !?)

Le montage est aujourd’hui achevé. Non sans quelques prises de tête, luttes (théoriques), nouveaux sacrifices et larmes versées –ainsi que, très certainement, un vrai manque de tact de ma part… mais, de fait, le montage est achevé. Et, miracle, il tient la route à mes yeux. (Alors bien sûr, je pourrais passer la nuit à énumérer ses défauts, manques et imperfections, mais. Mais mais mais, voilà, il tient la route. Je crois. J’ai réalisé un long-métrage, un vrai, comme les grands. Fucking hell, mates, eussent dit mes potes gallois.)

Ben a fait du bon boulot. Subtil, efficace, en quelques jours à peine. Ôtant ici, modifiant là, tout en douceur, respectant systématiquement mes choix, mon esthétique du montage et le rythme de mes séquences (esthétique et rythme souvent fort particuliers, soit dit en passant). Justifiant chacun de ses choix, ou me forçant à justifier chacun des miens. J’ai dû faire peur au gars, je pense, avec mon stress chronique –quoiqu’il ne doive pas être facile à effrayer, le mec, c’est façon d’écrire, hein–, mais bon sang, il a assuré. Un de plus à tenir la route dans cette équipe de doux dingues.

Alors voilà. Où l’on en est. Les étapes suivantes se dessinent ; SFX, montage son, bruitages, musique, étalonnage, mixage. Mais tout cela est pour demain. Comme le disait Batman, grand philosophe devant l’Éternel, dans quelque BD Neal Adamsienne de mon enfance, « à chaque jour suffit sa peine ».

C’est Batman qui le dit.

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