J15 : BLOWIN’ IN THE WIND

Arrive un terrible tournant dans mes chroniques : sincèrement, je ne puis guère, à partir de ce jour 15, m’étendre sur les séquences tournées ; tout comme je ne puis guère multiplier les photos desdites séquences –images et/ou descriptions risquant de déflorer mon intrigue.

Alors bon, ceci étant noté, je retourne au charbon, hein, haut les cœurs, mais toujours est-il qu’il va me falloir, à mon corps très vaguement défendant, la jouer mystérieuse.

Luskentyre au matin. Ou au soir, va savoir...

Luskentyre au matin. Ou au soir, va savoir.

En ce jour 15, donc, il vente ; plus encore que d’habitude.

(…pour rappel, on parle d’un vent qui nous renverse littéralement et qui, pire encore, soulève le sable de Luskentyre, martelant gaiement nos visages boudeurs [gommage gratuit, certes, mais permanent –et douloureux] ; d’un vent qui, horreur ultime, s’infiltre partout. PAR-TOUT : dans les-oreilles-le-nez-les-cheveux, dans les fringues, y compris les sous-vêtements, dans l’œil de Jean-Fred [qui en viendra un beau jour de troisième semaine, un unique jour pendant dix tristes minutes, à péter un câble, sincèrement excédé –éclat extrêmement bref, certes, mais néanmoins symptomatique : vent et sable pouvaient d’avérer très, très relous], et bien sûr, et surtout, dans la caméra. Jouer dans la tempête ? Laborieux [et assez peu crédible, les comédiens s’essayant à garder l’air naturel là où n’importe qui, leurs persos y compris, filerait à l’abri]. Filmer dans le vent ? Complexe également. Prendre du son, enfin, au cœur de la tornade ? Impossible. « Vive le vent », hein ?)

Le soleil brille.

Le soleil brille…

Bref (je reprends) : en ce jour 15, il vente ; tant et si bien que, devant l’impossibilité manifeste de trouver quelque autre solution, nous décidons de délocaliser la seconde de nos grandes séquences du jour (lire « la séquence prévue pour et l’après-midi, et la soirée ») à l’intérieur de la tente –décor unique de notre film et par moments, donc, lieu de repli pour l’équipe.

Ceux et celles d’entre vous, amis lecteurs, amies lectrices, qui avez déjà une expérience de tournage, pourront s’imaginer la galère d’un tournage à cinq (trois comédiens + un ingé son + bibi) sur un espace de, mettons, quatre mètres carrés, cinq si l’on est généreux ; pour les autres, ben, faudra tenter d’imaginer la chose : les acteurs enjambent les techniciens pour entrer et sortir du champ (sans regarder à terre, ou paraître déconcentrés), l’ingé son colle au réa –qui, lui, bouge en fonction des actions… et s’essaie, non sans mal, à faire le moins de bruit possible en rampant, caméra en main, sur le tapis plastifié de la tente (croutch, croutch, zwiff, ce genre de choses).

Plus, tout du long, ladite tente qui bouge et ploie et se déchire sous les assauts du vent. Funky. Romain, notamment, adore (entre les bruits de tapis précités, la toile qui claque, les hurlements des bourrasques et les acteurs qui murmurent –à ma demande–, il prépare son futur César du meilleur son).

Le fond de l'air est frais.

…et le fond de l’air est frais.

Cerise pourrie sur le gâteau ensablé, à destination des plus cinéphiles : deux séquences se virent ainsi tournées en ce jour 15 ; mais si la première avait été fort heureusement conçue et théorisée pour être shootée dans la tente (avec de très courtes focales, élargissant l’angle de champ, accentuant les perspectives et réduisant à néant les éventuels problèmes de point), la seconde ne l’était pas. Et ne pouvait nullement être filmée de la même façon que l’avait été sa consœur : certes, les courtes focales sont intéressantes au sein d’un espace réduit, mais ce qu’elles racontent du fait même de leurs caractéristiques (déformations, perspectives expressionnistes, point à l’infini), ou pour être plus précis ce qu’elles mènent à raconter (paranoïa ou fantasme, par exemple), ne peut nullement être adapté sur n’importe quelle séquence.

En bon partisan de l’image, ou tout du moins, de la mise en scène monosémique, je me devais de respecter la nature profonde de ma séquence 2, tout en tâchant d’adapter son esthétique aux contraintes du terrain : il me fallait donc redécouper la bête, sans pour autant nuire à ses demandes plastiques (un certain type de séquences [ou de, disons, discours (plastique, théorique, etc)] appelant à un certain type de mise en scène et un certain type de choix techniques [découpage, donc, ainsi que choix matériel des objectifs, réglages afférents, etc] ; pour citer Fincher, encore et toujours, « People will say, « There are a million ways to shoot a scene », but I don’t think so. I think there are two, maybe. And the other one is wrong.  » Alors bon, je suis encore loin de ça, hein, mais you get the idea, quoi).

D’où un tournage final, toujours à cinq sur quatre mètres carrés, à la longue focale (celle-ci « écrasant » les décors, plaquant ses sujets sur deux dimensions –et les glamourisant ainsi pas mal, soit dit en passant–, oblitérant les perspectives et nécessitant une mise au point souvent très précise). Choix logique, possiblement même intelligent en théorie et au vu de notre séquence… Enfer en pratique : non seulement Romain et moi-même collions aux « murs » de la tente, mais je m’obligeais en outre, faute d’alternatives, à multiplier les risques graphiques –en jouant notamment les raccords dans l’axe, certaines perspectives m’étant tout simplement impossibles à capter).

Cosy.

Cosy.

Pis bon. Je parle de moi, de mes problèmes… Mais les autres –Claire, Cyril, Jean-Fred et Sarah– avaient eux aussi à souffrir, faut pas croire : soit ils se retrouvaient tassés, avec obligation de rester parfaitement immobiles et silencieux, dans les « chambres » de la tente (deux blocs de tissu calés sous la toile), aussi longtemps que duraient les prises, soit… hé bien soit, lorsque le vent devenait vraiment trop violent, ils sortaient et… maintenaient à terre cette même tente, de leurs petites mains, pendant que nous filmions ! En somme, une nouvelle journée agréable, en ce qui les concernait.

(Un an et quatre mois plus tard, alors que nous entamons l’étalonnage du fauve, j’avoue être assez satisfait de mes images, et de ce concept pas mal branque consistant à « partir shooter dans les Highlands pour ne pas se replier sur un énième film d’appartements »… Mais sur place, dans le froid le vent la pluie, j’avoue que la pertinence de la chose était loin, loiiin de sembler une évidence. Pire encore, la sensation de me tromper du tout au tout était alors une compagne régulière.)

Voici donc pour le J15.

Comme toujours, nous souffrîmes, mais comme toujours aussi, nous vînmes à bout de la chose. Pour rentrer crevés, bien bien crevés, notons-le, après quelques ultimes plans de Pierre sous la pluie (histoire de finir en beauté).

Les troupes sur le retour (même le photographe est fatigué)...

État des troupes en semaine 3 (le photographe est lui aussi fatigué, semble-t-il).

To be continued.

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