J16 & J17 (1) : THIS TIME IT’S WAR

J16 & J17 ; deux nouvelles journées épuisantes, tiens.

Dont je survolerai les détails, ne pouvant décemment déflorer mon intrigue du fait de photos ou anecdotes trop explicites.

Deux choses à retenir quant à ces jours 16 et 17 : un temps clément, ô miracle, notamment lors du J16 ; et un rythme plus dingue encore que précédemment.

Temps clément.

Temps clément.

Par « temps clément », j’entends « beaucoup de vent mais du soleil, ainsi qu’un froid légèrement moindre ». (Les photos ci-dessous relativisent à ce propos toute idée de « beau temps » écossais [oxymore s’il en est] : vous y reconnaîtrez James se préparant à tourner, abandonnant sa doudoune pour ce faire, et Sarah en mode terroriste –seuls ses yeux s’offrent au vent.)

Re-temps clément...

Re-temps clément…

...et re-re temps clément.

…et re-re-temps clément. Mouais.

Un temps sympa, donc, une fois n’est pas coutume. Et de ce fait, la possibilité de tourner nos dernières grandes séquences. Seulement voilà, la météo, on a appris à ne plus compter dessus… Or nos séquences sont longues, vraiment longues. Du coup, point de tergivisigerivisations : il nous faut tourner vite.

Aussi la jouons-nous « marche ou crève » : grosso modo, je cours partout avec ma cam –et Jean-Fred sur mes talons, matos et clap en main–, en donnant des ordres à droite-à gauche, aussi vite et aussi clairement que possible. Il est évident que personne à bord ne comprend vraiment ce que je fais (j’escalade une colline, hurle mes instructions une fois au sommet, redescends dans la foulée pour repartir à l’autre bout du gigantesque cirque naturel nous tenant lieu de « stade »…), mais tous me suivent, probablement perdus mais néanmoins confiants. Miracle –à nouveau–, les plans fonctionnent, grâce à des comédiens carrés et investis, qui réussissent systématiquement (systématiquement, j’insiste) à me donner de la matière, de l’émotion, bref, de pile-poil-ce-que-je-recherche en une unique prise, deux quand c’est le luxe, et trois quand vraiment vraiment vraiment je la sentais pas, là : c’est-à-dire en cinquième vitesse.

James, Romain, votre serviteur.

James, Romain, votre serviteur.

Nous shootons, shootons, shootons, multipliant les plans à un rythme infernal –et selon un ordre assez difficile (…sans scripte, avec ça !), étant donné que… hé bien, pour compliquer le tout, nous shootons sur du sable. Or le sable, tout comme la neige, marque les pas. D’où nécessité, après une construction du décor aussi délicate que possible (Claire et Sarah, je vous aime), de tourner tous les plans larges de nos séquences avant de revenir, petit à petit, vers les plans les plus serrés (nous terminons donc, logiquement, par les gros plans).

Galère logistique –il faut s’assurer d’une chronologie cohérente des plans à tourner en fonction de l’état du sable– aussi bien qu’artistique, les acteurs devant enchaîner, comme à l’usine, diverses étapes des séquences filmées (du fait d’un découpage par valeurs, donc : larges, moyennes, serrées…), et passer ainsi d’un premier état émotionnel, souvent extrême, à un second, dans la minute –allez, les deux minutes : « OK, là, on tourne le plan 4 ; vous êtes hilares, c’est la joie. (…) Merci. Je change de position et on part sur le plan 17 : vous pleurez à torrents. Pis juste après, on passera au plan 26 : vous dansez le tango en fumant des joints. » Bon, évidemment, j’écris n’importe quoi, là, mais vous voyez le principe : dur dur pour les acteurs.

James toujours, en mode héroïque.

James toujours, héroïque.

Et pour Jean-Fred, aussi, mon pauvre premier assistant s’essayant à comprendre en direct le pourquoi de mes courses échevelées, tout en m’aidant à assurer la cohérence d’un découpage/filmage, disons, très (très) complexe.

Jean-Fred, dubitatif, et le réa-qui-court (ici assis).

Jean-Fred, dubitatif, et le réa-qui-court (ici assis).

Étapes du tournage en ces jours de rush :

> un point théorique, rapide, avec tout le monde –ce que l’on va filmer, dans quel ordre et pourquoi, plus la création des différentes chorégraphies de tennis, chapeautée par Jean-Fred ;

> préparation du matériel et répétitions desdites chorégraphies –à l’écart du « stade », pour n’y rien abîmer ;

> mise en place des acteurs et tournage proprement dit : 3 comédiens sur le court, Romain caché au plus proche (dans mon dos ou en bord de cadre), Jean-Fred à mes côtés, et Claire, Cyril ou Sarah jouant les guetteurs, perchés sur de proches collines, prêts à arrêter le touriste éventuel –surtout ne pas marcher sur notre immense décor*… quand ils ne courent pas de-ci de-là pour préparer tel accessoire, recharger les batteries, réparer le filet, installer la régie ou encore cuisiner ; pour faire synthétique, ces trois là s’assurent, avec brio, que tout fonctionne hors champ.

[*Nous avons ainsi tous quelques joyeux souvenirs d’heures passées en hauteur, à observer un cirque ensablé aussi vaste que vide.]

La sentinelle.

Anne (ma sœur Anne).

En résumé, passées les préparations puis le point théorique, je cours partout en gueulant. Et tout le monde suit (merci !!), s’imaginant que je maîtrise les choses –plutôt à raison, hein, mais j’avoue que ça ne doit absolument pas sembler une évidence sur le terrain.

Nous tournons ainsi une soixantaine de plans lors du J17 (dont 44 [!] lors de son seul après-midi –je reviendrai à ce propos sur le matin 17 lors de mon prochain post), et… hum, dois-je l’avouer ? Ma foi. Et 86 plans, quatre-vingt-six fucking plans, lors du jour 16. 86. Avec du jeu, des dialogues, des chorégraphies, de futurs SFX à gérer dans le cadre… 86 plans (…sachant que n’importe quel chef op’ réaliste vous expliquera qu’une journée de tournage devient très remplie à partir de, mettons, 25 plans).

86 plans, shootés lors d’une journée aussi longue qu’hystérique, aussi dure qu’étonnamment ensoleillée… « Très grosse journée, très fatigante », écrit Maia dans ses notes; mais « [la séquence] est dans la boîte !! =) […] Froid, couru, épuisée, mais [la séquence] est dans la boîte ! »

Absolument.

Sentinelles (le retour). Et après ils me diront avoir bossé...

Sentinelles aux aguets. Et après ils me diront avoir bossé…

Pour finir enfin, un dernier beau (?) souvenir, le soir même du J16 : alors qu’une partie de l’équipe replie décor, régie et matériel pour s’en retourner au van (garé, bien évidemment, loin des dunes), Claire, Cyril, Sarah et bibi restons en arrière, pour ratisser et balayer toutes les parties du décor ayant par trop souffert –ledit décor devant en théorie paraître vierge le lendemain, et la météo ayant prévu un vent violent pendant la nuit…

Le lieu à ratisser -avant que nous n'explosions le sable.

Le (futur) lieu à ratisser, avant que nous n’en mutilions le sable.

Il faut donc nous imaginer ratissant, alors qu’accourent les ténèbres, l’immense surface d’un cirque de sable, aplanissant notre court de tennis (23.77 x 8.23m en lui-même) et effaçant en outre toute trace humaine dénaturant les alentours (pas des techniciens, chemins d’accès)… Une grosse heure d’un taf plutôt physique, dans le vent et la semi-obscurité, après une journée de folie.

Bizarrement, je ne me souviens cependant que des bons côtés de la chose –sou-la-gé, j’étais ; nous avions filmé notre grande séquence, la plus grosse, la plus importante du tournage ; et j’étais sûr d’avoir sous le coude de quoi la monter, voire même de quoi bien la monter.

J17 : point du matin. Chagrin?

J17 : point du matin. Chagrin?

Ainsi et comme d’hab’, merci à mes troupes.

Réussir une pareille journée (deux pareilles journées, en fait) me paraît, aujourd’hui encore, tenir de l’exploit. Comme quoi nous n’avons pas eu que de la malchance, au final.

To be continued.

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