J18 : …

Et puis, ma foi, a fini par arriver, incroyable mais vrai, le dernier jour de tournage. Ou tout du moins ce que nous pensions alors, le petit matin se levant (gris, à son habitude), ce que nous pensions honnêtement être le dernier jour de tournage.

Dernier jour qui, donc, ne le fut pas véritablement, et s’avéra l’une des pires épreuves de notre aventure. En cause, as usual, le vent et le froid. (Étonnamment peu de pluie, d’ailleurs, tiens ?) Le vent et le froid, donc, ainsi que, j’en suis persuadé, nos corps qui se relâchaient, naïfs, à l’approche de la quille. (Comme quoi le fameux aphorisme sportif « C’est tout dans le mental » s’avère pertinent. Contrairement à son collègue « On s’est donnés à 200% », mathématiquement impossible.)

Le matin du J18 nous vit donc retourner sur le plateau tourbeux du J4 sous un VENT (je ne puis me résoudre à l’écrire en minuscules) absolument démentiel, si violent que nous peinions, véritablement, à tenir debout.

Ha, les Highlands en été, gaies, champêtres et accueillantes.

Ha, les Highlands en été, gaies, champêtres et accueillantes.

Nous tournâmes pourtant notre séquence –dont je ne parlerai point, fidèle à mes habitudes anti-spoileuses–, non sans mal, en équipe très réduite (Romain, Cyril, les acteurs et bibi) pour nous apercevoir, de retour au gîte le temps d’avaler un repas éclair, que, ô malheur, ça n’allait pas le faire : d’une part, hé bien, comment, tout simplement, comment croire à la séquence, quand la moindre image (gros plans tournés à l’abri d’un rocher, que nous avions d’ailleurs mis près d’une heure à trouver, youpi, ou plans moyens et larges exposés au courroux d’Éole), quand la moindre image, donc, paraît hurler : « Hééé, regardez, il ya du VEEENT ! » :

> les cheveux, accessoires et casquettes des persos dansent la gigue –voire s’envolent carrément–, leurs fringues collent à leurs corps, leurs sacs s’essaient à décoller ; leurs voix se trouvent haussées par la force des choses (« NE LE RÉPÈTE SURTOUT PAS MAIS LE COUPABLE, C’EST LE BOÎTEUX !! » / « DE QUOI ?! »)… Peut-on imaginer une séquence classique –séquence intime, notamment–, n’importe laquelle, qui serait tournée dans la tempête, mais s’échinerait à n’en rien laisser paraître ? Bah non, la réponse est non, trois fois non.

> qui plus est, nous tournions, je le rappelle, armés d’un appareil Canon, le fameux 1D C ; caméra avec laquelle j’entretiens une relation d’amour-haine intense, essentiellement focalisée sur la haine ce jour-là. Car cette sale bête bougeait dans le vent –alors même que Cyril, plus de 100 kgs à l’époque du tournage, lestait le pied de tout son poids ; elle bougeait, cette foutue caméra, et créait ce faisant d’horribles artefacts numériques, connus et haïs sous le nom, sympathique au demeurant, de « Jello Effect ». Les nez de mes persos –oui, leurs nez !– semblaient ainsi changer de forme, au sein même de cadres pourtant supposément fixes. Mon Dieu.

Mon Dieu, et bref. Bref, la séquence, déjà atroce à tourner, se montrait, dès ce premier dérushage-à-la-louche, inexploitable. (Ce qui me fut confirmé par un ami truquiste, joint en urgence au téléphone : « Au mieux, on ne pourra bidouiller qu’un truc tout moche. Franchement, si tu peux, re-tourne ta séquence. Et bon courage, hein. »)

La nouvelle –« Va falloir remettre ça » : vraiment, vraiment une mauvaise nouvelle, en particulier pour mes pauvres acteurs, vraiment, vraiment crevés– fut accueillie par des larmes.

Alors on pourrait croire que j’exagère, que j’enjolive (ou déjolive, plutôt), que j’en rajoute à dessein, histoire de me la jouer réa badass Ridleyscottesque ou guerrier braveheartien, mais il n’en est malheureusement rien. (D’où les remontrances de Sarah, pour mémoire, une fois le tournage achevé.) Je pense sincèrement, et espère tout aussi sincèrement, ne jamais plus connaître d’aussi difficiles conditions de tournage -conditions physiques, tout du moins. Comme l’a dit James, « once in a lifetime », c’est déjà plus qu’assez.

Gazon, terre battue, pfff. La tourbe humide est la surface de demain.

Gazon, terre battue, pfff. La tourbe humide est la surface de demain. [Images issues des proxies.]

Ce dernier jour vit mes acteurs pleurer, tant ils avaient froid (eux n’étaient habillés que de T-shirts, shorts, minces collants et tennis, quand nous ressemblions, nous, les techniciens, à des Esquimaux, tout en caoutchouc, bottes, gants et bonnets), et tant ce que je leur demandais –texte et action : courses, sauts, chorégraphies mille fois reprises–  s’avérait pénible.

Parce que, oui, il faisait FROID, en ce J18. Si froid que Sarah a allumé un feu, derrière une butte, à trente mètres du court, grand feu salvateur devant lequel les acteurs se relayaient à tour de rôle, suivant les plans tournés –Claire les enveloppait alors de couvertures, puis leur offrait des boissons chaudes.

Pour donner un exemple, je shootais, mettons, un gros plan de Maia –lui indiquant ses lignes de regard*– pendant que James profitait de la chaleur des flammes. Nous tournions autant de prises que nécessaire, après quoi je libérais mon actrice et demandais mon Anglais. Celui-ci se levait alors, abandonnant sa couverture pour rejoindre Sarah, qui cachait ses larmes et cernes sous une couche de fond de teint, puis me rejoignait sur le court. Maia, pendant ce temps, prenait sa place au coin du feu.

(*Je noterai ici qu’à l’exception de cette longue, et douloureuse, après-midi, mes acteurs jouaient systématiquement –et à fond, qui plus est–, les « retours regards », hors champ, pour aider leur(s) partenaire(s). J’ai de moi-même imposé cette exception à la règle devant les conditions catastrophiques de la journée, m’en remettant à ma scripte [moi] et à mon monteur [itou] pour ce qui était des raccords.)

Ainsi se déroula la grise après-midi du J18, de même qu’une longue, looongue partie de la non moins grise soirée qui s’ensuivit.

Comédiens épuisés ; ce qui colle parfaitement à la séquence tournée, certes, mais reste un fort mauvais souvenir. [Im. issues des proxies.]

Comédiens épuisés ; ce qui colle parfaitement à la séquence tournée, certes, mais reste un fort mauvais souvenir. [Im. issues des proxies.]

Alors même que nous savions, tous, que le samedi off tant espéré était déjà d’ores et déjà enterré, et qu’il nous faudrait nous y remettre, au travail, pauvres forçats !, quelques heures plus tard à peine.

Je pense que beaucoup, pour ne pas dire tous, m’en ont voulu, ce jour-là.

Rien de plus, rien de moins. Ainsi s’achève ce post –possiblement moins guilleret que ses prédécesseurs ; mais de fait, je n’arrive pas, une fois n’est pas coutume, à trouver de joyeux souvenir(s) dans cette journée merdique. De bons souvenirs, oui, il m’en reste quelques-uns : mes acteurs qui assurent, malgré le vent, l’eau, le froid ; qui assurent et me sortent des perfs à filer la chair de poule ; mon équipe qui se démène, Cyril transformé en gueuse, Sarah en Rahan, Claire réconfortant les troupes ; Jean-Fred galopant à mes côtés, vaille que vaille, toujours confiant ; enfin Romain, increvable, qui aurait, lui, continué jusqu’au surlendemain, non-stop, éternel sourire aux lèvres. De bons souvenirs, biens cachés parmi les larmes, donc, oui ; j’en ai. De joyeux, en revanche, pas que je sache.

Allez. Fucking J18. On t’a quand même maté. Et j’en ai retiré, il y a une justice, certaines de mes plus belles images.

L'Écosse? Ma foi ; aussi belle que dure.

L’Écosse? Ma foi ; aussi belle que dure. [Images issues des proxies.]

To be continued.

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