J19 : WE DID SURVIVE (LALALA LA LAAA…)

[J’annonce, d’entrée de jeu : peu d’images sur ce post. D’une part parce que la séquence tournée au J19 reste taupe secrète, et d’autre part parce que, ben… tout le monde étant à moitié mort en ce samedi fatidique, il ne restait plus personne pour prendre des photos. De bon matin, en tout cas.]

Dernier jour de tournage, donc ; pour de vraiment vrai de vrai, cette fois. Dernier jour qui, pour mémoire, aurait dû n’être empli que de siestes, rires et chants, si le vent n’en avait, la veille, décidé autrement.

Nous nous levons donc, une fois encore, aux aurores… sous des rideaux de pluie ; rien de nouveau, me direz-vous ? Pas tout à fait. Car tout comme le vent de la veille s’était avéré ahurissant de violence, la pluie de cet ultime jour semblait nous crier au visage : « Jusque là, je déconnais, hein ; à fond, je peux faire ça ! » ; soit des litres et des litres de flotte à la seconde, à n’y rien voir à quelques mètres.

Alors bon, la première heure, ça va encore (on mange, on s’habille, on prépare le matos) ; la seconde (on se met en route), ma foi, le climat commence à nous faire un chouïa peur –puisque nous sommes, bien évidemment, censés shooter la séquence du jour du haut d’une colline, parfaitement exposée aux éléments, vent et pluie. Pis bon, au bout de, quoi, deux heures trente-trois heures de déluge, heu, continu, absolu, assassin, je demande à stopper le van –alors que nous filons, en martyrs résignés, vers le sud de l’île. Clairement, c’est mort.

J’improvise donc un demi-tour pour aller filmer ici (au lieu de ), sur la base, ô combien vague, de souvenirs des repérages, effectués six mois auparavant (!) : une maison en ruines, mais avec toit, doit traîner en bord de chemin sur l’île de Scalpay.

Nous demi-tournons donc, et reprenons notre route. Il pleut.

Come and visit Scotland, lads!

Come and visit Scotland, lads!

Trois plombes plus tard, nous trouvons la maison –tant mieux ; parce qu’il pleut pleut pleut et pleut toujours. J’adapte ma séquence au nouveau décor (entre une colline ouverte sur l’infini et un salon en ruines, au plancher meurtrier, garni de clous et trous, il y a un monde, hein), et j’intègre –bah oui– la pluie à cette même séquence…

…miracle : une fois n’est pas coutume (n’a jamais été coutume, sur ce foutu tournage !), tout roule ; mes comédiens assurent, en impro dirigée, malgré des placements pour le moins improbables ; la lumière est superbe, joliment veloutée ; et, hosanna, la pluie ralentit sensiblement au bout de quelques heures –suffisamment tout du moins pour nous offrir un ultime, et superbe (enfin, je l’espère, en tout cas), plan…

Tous étaient si crevés, cela étant, que ledit plan en boîte, seuls Romain et moi, m’a-t-il semblé, avons pris conscience de la chose : notre long était fini ; chacune de nos séquences tournées ; et le tout du fait de neuf (neuf !) stakhanovistes, dont un unique gars (un !) à l’image et un unique autre (un toujours !) au son. Quand même, quoi, quand même. Mon film. Tourné !

Je repense, en écrivant ceci, à ces dernières vraies minutes de tournage (pour être parfaitement précis, j’ai chipé çà et là quelques plans de coupe, dépourvu d’éléments humains, le lendemain) ; et me souviens d’une joie authentique (mêlée à une non moins authentique incrédulité face au taf accompli), joie pourtant nuancée par une certaine culpabilité devant la fatigue, si apparente, de mes comédiens –héroïques de bout en bout, mais prêts à s’écrouler… ainsi que par, halala, une énième mauvaise, quoiqu’anecdotique, nouvelle ; à peine retrouvons-nous le van que l’annonce tombe : suite à un couac logistique, les gîtes doivent être rendus dans les deux heures. Au temps pour le repos des guerriers.

La fin du J19 passa de ce fait en coup de vent : sacs (PLEIN de sacs), ménage, déménagement dans un nouvel hôtel (fort proche, cela dit), Sarah me remontant les bretelles, un peu de shopping rapide pour ceux qui ne causaient pas suite du programme et trajet de retour (en France, pays, alors si lointain, du soleil et des T-shirts matinaux) ; un lit, un-vrai-lit, une-vraie-chambre (après trois semaines de matelas au sol en ce qui me concernait) ; une session de rasage…

Tendance été 2013 : la chapka en Harris tweed.

Tendance été 2013 : la chapka en Harris tweed.

Divers échanges personnels, aussi, avec un peu tout le monde –échanges fiers, et là encore un rien éberlués, dont la teneur pouvait se résumer à « On est morts… mais on l’a fait ! »* ; ainsi qu’une excellente soirée –relativement courte, tant chacun était crevé, mais extrêmement chaleureuse–, encore aujourd’hui délicieuse à évoquer. Natsukashii. (Et James, merci encore pour la bouteille [bouteille de whisky, of course], descendue en 2-4-6 par une équipe enfin sereine.)

Cette note vire au pathos, là, non (fin de tournage oblige) ? Aussi vais-je m’empresser de balancer sur mon ami Romain, aussi adorable et endurant que parfaitement, heu, unique ; à la question « …meilleur souvenir du tournage ? », en effet, notre increvable ingé son a répondu –véridique :

« Ha tiens, le jour où il a plu des caisses, là, avec le feu et tout. Où on a tout improvisé.

[Moi :] Attends, quoi, le jour où on a sorti les couvertures de survie, où Pierre et moi nous sommes gueulés dessus, où nous avons tourné sans rien voir ?

– Ouais-ouais, celui-là. [Le J9, amis lecteurs ; un enfer (1) tout du long (2)…]

[Pierre :] Ha OK, il est fou, en fait, ce type.

– Non mais j’aime bien, ces moments, comme ça. Il y a de l’électricité, de la tension, du drame ; c’est très humain, quoi, c’est intense. »

Mouais. Même deux ans plus tard, le film enfin en boîte, je ne pige toujours pas.

[+ Je noterai au passage que les meilleurs souvenirs de James et Maia coïncidaient parfaitement ; si ça n’est pas de l’alchimie cinématographique, ça.]

The A Team. Sans Mr T, mais on a mieux.

The A Team (à laquelle manque Ben, déjà reparti) (sans Mr T, non plus, mais on a mieux).

Ainsi s’acheva donc, dans les rires, la fatigue, la fierté et le sky, notre équipée écossaise. À laquelle nous survécûmes.

Enfin… en ce qui concerne le tournage, en tout cas, parce que, bien évidemment, le retour fut épique ! Mais le retour, hein, il sera pour un futur post.

To be continued –quoique plus tant que ça…

* [Sans doute y reviendrai-je, mais je note ici une pensée de James, énoncée la veille, après une journée éminemment douloureuse : « On y est, on arrive au bout du film, mais franchement, vu les galères rencontrées, je ne sais pas bien si on a eu, au final, énormément de malchance… ou énormément de chance. Pas de blessés, pas de dégâts, aucun accident, dans des conditions qui auraient nous stopper… » (…en témoignait son expérience sur le plateau bruineux du superbe Wuthering Heights). Chance ou malchance ? Va savoir. Expérience humaine littéralement extraordinaire ? Assurément. Je pourrai mourir en citant Roy Batty (sous la pluie et en Écosse, si j’ai du bol).]

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