ÉCRITS BRITISH

Alors déjà, sans grande originalité mais avec néanmoins une absolue sincérité, excellente année –souhaitons-la meilleure que la précédente– à tous et toutes. (Sachant que côté The Open, 2016 s’annonce éminemment sympathique, deux [voire trois ?] excellentes –excellentes– nouvelles se préparant à devenir officielles [plus de nouvelles à ce sujet dès que possible –et dès que permis–, of course].)

Or donc ; causons aujourd’hui presse en ligne, quelques sympathiques articles ayant fleuri sur le net suite à notre première Leedsienne… Seulement voilà, lesdits articles s’avérant rédigés dans la langue de Shakespeare, l’on m’a suggéré l’idée d’une traduction française des bestiaux. Logique. Mais ces articles sont longs : alors, traduction, OK, mais d’extraits uniquement –les plus intéressants, dirons-nous. Bonne lecture à vous donc, et bon courage à ceux et celles qui s’attaqueront aux versions intégrales des documents, dicos en main !

        Allez, hop. Commençons par l’article de Tom Ue, chez Film International ; une interview de bibi au cours de laquelle on me pousse à parler de mes références (Dead Man et sa BO hallucinante, Mad Max, The Road et autres Bitume MK5), et surtout à m’expliquer quant au pourquoi d’un film de tennis –genre parfaitement inexistant, à mon grand désarroi.

FI

Oyez donc :

Why tennis?

Four main reasons:

One: I’ve learnt to love the game, its looks, its rhythm, its rules; as well as the dedication, focus and strategy, plus the extraordinary physical abilities it requires from its players.

Two: the game my characters play had to seem absurd at first — so much so that Ralph would have to dismiss it entirely before even trying to think about why Stéphanie and André are so keen on playing it. And what could seem more absurd than a tennis game without an actual ball?

Three: tennis strikes me as an incredibly cinematic, Western game. Its history is packed with mythic rivalries and duels, and its very form, atmosphere and purely, let’s say, “graphic dimension” all remind me of typical Leonesque standoffs. It is an absolute shame that no filmmaker — none that I know of, anyway — ever actually gave this sport the cinematic credit it deserves. (Well, there was the rather cute Wimbledon, I guess; but the film, nice as it was, lacked a proper vision of the game.)

And four: tennis depends on, before anything else, a mere rectangle laid on the ground — a frame within which the action takes place. Just as cinema depends on a mere rectangle of cloth laid on a wall — yet another frame within which the action takes place… And the fact is that The Open is, in the end, not so much a movie about tennis as it is a movie about cinema (and fiction), and the need we all share to believe in something — to quote French poet Paul Valéry, we would be non-entities “but for the help of what doesn’t exist,” whether this may refer to the rules of a rather strange game or to the power of fiction.

Pourquoi parler de tennis ?

Pour quatre raisons majeures :

La première : j’ai appris à aimer ce sport ; son esthétique, son rythme, ses règles ; ainsi qu’à apprécier l’abnégation, la concentration, l’énergie, de même que les aptitudes stratégiques et physiques qu’il exige de ses pratiquants.

La seconde : mes personnages se devaient de pratiquer un sport qui semble absurde à première vue ; tellement absurde, en fait, que Ralph n’aurait d’autre choix que de le rejeter d’entrée de jeu, avant même de réfléchir au pourquoi de la chose –pourquoi Stéphanie et André s’avèrent si tenaces dans leur pratique… Et rien ne me paraissait plus absurde qu’un match de tennis dépourvu de balle.

Troisième raison : le tennis m’apparaît comme un sport éminemment cinématographique, typiquement westernien, dont l’histoire est d’ailleurs émaillée de duels et rivalités mythiques ; quant à sa forme même, à son atmosphère, sa dimension purement plastique… Toutes m’évoquent les duels de Sergio Leone. Il est particulièrement dommage qu’aucun metteur en scène –aucun que je ne connaisse, en tout cas– ne se soit jamais attaché à donner à ce sport l’exposition cinématographique qu’il mérite. (Bon, il y a bien le mignonnet Wimbledon, je suppose ; mais, tout sympathique soit-il, ce film manquait d’une vraie vision tennistique.)

Et quatrième raison : le tennis dépend, avant tout, d’un rectangle posé à terre –un cadre au sein duquel se déroule l’action. Tout comme le cinéma dépend, quant à lui, d’un rectangle collé au mur –un cadre similaire, au sein duquel se déroule également l’action… Et de fait, The Open ne parle, au final, pas tant de tennis que de cinéma et de fiction, du besoin que nous partageons tous de croire en quelque chose –pour citer Paul Valéry, nous ne serions rien « sans le secours de ce qui n’existe pas », que ceci renvoie aux règles d’un sport pour le moins étrange ou au pouvoir de la fiction.

Les plus Anglophones d’entre vous noteront au passage quelques scoops sur mes projets à venir, apprendrons que je suis une brêle sur un court de tennis (mais que je touche, en revanche, ma balle en pelote basque) et que je ne remercierais jamais assez mes troupes écossaises.

HUG

        Suit l’article de Greg Wetherall chez HeyUGuys –une interview croisée de James et moi-même, émaillée de beaux moments (j’espère, en tout cas) d’absolue sincérité. Allez, bim, florilège :

JN (James): It was the toughest shoot that I’ve ever been on, bar none. Marc and Cyril (Cadars – producer) brought together a group of people that were willing to go beyond what they thought they were capable of doing in order to make the film. I remember thinking whilst we were making it that literally everybody here is going beyond what they’re physically capable of. And that’s amazing. You’re just in awe of everybody that you’re working with and it spurs you on to continue trying to do the same.

JN : Ça a été, de très loin, le plus dur des tournages que j’aie jamais connus. Marc et Cyril ont rassemblé une équipe dont chaque membre était prêt à se surpasser afin de tourner ce film. Je me rappelle avoir pensé, alors même que nous tournions, que tous à bord accomplissaient bien plus qu’ils n’en étaient théoriquement, et physiquement, capables. Ce qui est extraordinaire. On est là à regarder ses collègues avec admiration, d’autant plus motivé du coup à les imiter…

[…]

ML (bibi): We also had midges. Stupid, fucking midges! A million of them all the time!

ML : Sinon, il y avait des midges, aussi. Foutues bêtes à la con ! Qui apparaissaient par millions…

[…]

JN: I’m a really big fan of films that, at their heart, don’t really seem to explain themselves. Whether that’s Dogtooth or Stalker or… I’ve always been really drawn to films that have a bit of mystery at their heart.

JN : Je suis très fan des films qui, de par leur nature, semblent n’avoir pas besoin de livrer d’explications. Qu’il s’agisse de Canine, ou de Stalker… Les films fondamentalement mystérieux m’ont toujours fasciné.

[…]

How long was the shoot?

ML: Three weeks. It was three 6-day weeks. I let them rest on Sundays – very generous of me!

Combien de temps a duré le tournage ?

ML : Trois semaines. Trois semaines de six jours, je laissais mon équipe se poser le dimanche [*en fait le samedi, oups], généreux que je suis !

[…]

Does tennis in the film represent more than just tennis?

JN: Yeah, I think it represents faith. I think, for me, it represented having a faith in something that allows you to overcome your present circumstances. It definitely is a coping mechanism. In some ways, maybe it’s a form of art in itself, because it’s a performance of tennis. It’s not tennis itself. Particularly for Ralph (James’s character), who has never pretended to play tennis in his life, becoming adept at that and accepting that as a skill that he can learn and that there is something normal about that, I think it’s about creating a new world in order to escape and survive the real world.

It’s what the coach, Andre, is doing. They’re definitely trying to survive something terrible and Ralph recognises that there is maybe something more valuable in that fantasy than whatever he was doing before; that there’s something transcendent about it.   

Le tennis, dans le film, ne symbolise-t-il pas davantage encore que du tennis ?

JN : Oui, je pense que le tennis devient espoir. Un espoir qui, selon moi, permet de vaincre les problèmes présents. On parle ici clairement d’un dispositif visant à la résilience. Peut-être s’agit-il même, d’une certaine façon, d’une forme d’art. Parce que nos personnages effectuent de vraies performances tennistiques, plus qu’ils ne jouent au tennis à proprement parler. Ce qui est notamment vrai en ce qui concerne Ralph, qui n’a jamais eu l’ambition de vivre de son tennis ; et qui accepte pourtant d’apprendre un nouveau jeu, puis de mettre en pratique ses nouveaux acquis, pour finir par trouver une normalité dans la chose, la possibilité de fuir le réel au travers d’un nouveau monde.

C’est clairement ce que fait André. Tous essaient de survivre à un véritable trauma, et Ralph sent qu’il y a possiblement quelque chose de plus beau à vivre dans ce fantasme qu’à poursuivre la vie qu’il menait jusqu’alors. Il trouve là une forme de transcendance.

Enfin, comment pourrais-je oublier le splendide :

JN: […] Marc has that same kind of leadership [as Lars Von Trier’s].

JN : Marc a les mêmes qualités de meneur que Lars Von Trier.

C’est bien noté ? En rouge et en gras ? Avis aux producteurs de France et de Navarre, hein.

06

        Dernier article enfin, l’interview de James –A British Actor on the Rise– par Elle Leonsis, chez Indiewire (pour ce qui est du texte original, jetez donc un œil à l’article, James tend à être plutôt bavard !) :

En quoi votre micro-budget a-t-il freiné le tournage ?

JN : Je ne suis pas du tout sûr qu’il l’ait freiné, au final. Alors en effet, quand on se retrouve à transporter du matériel sur son dos au milieu d’un marécage ou lorsqu’on mange des œufs à moitié durs dans le froid, bon, c’est vrai qu’on se prend à souhaiter quelques billets supplémentaires… Mais en y réfléchissant, bah, si nous avions eu beaucoup plus d’argent, nous serions tombés dans les pièges habituels, et aurions tourné comme les autres le font. Et ça n’aurait pas été The Open. Ça n’aurait pas été dix étrangers perdus au fin fond de l’Écosse, à vivre côte-à-côte, à dormir côte-à-côte, manger tous ensemble et mourir de froid tous ensemble, unis par la seule volonté d’un cinéaste franc-tireur. Ce sont toutes ces choses qui ont fait du film ce qu’il est, et que je n’oublierai jamais. […] Cela dit, je pense que la postproduction a dû être, au début du moins, infernale pour Marc et Cyril, du fait de ce budget inexistant. Mais à mesure que le film prenait forme, des professionnels (français, belges ou britanniques…) en sont tombés amoureux (comme moi en lisant le script), et ont proposé leur aide. Le film a grandi de façon très organique, et le voir se créer et se développer ainsi, hors de tout sentier battu, me paraît, pour être franc, extrêmement motivant. Il est difficile de ne pas admirer des artistes qui, sans attendre la moindre permission, partent faire les choses… et les mènent à bout. […] Les films à micro-budget incarnent la résistance, le renouveau du cinéma. Ce sont eux qui prennent les risques, qui changent la donne. Quelque part The Open me donne à croire que tout est possible. […] Il me tarde de travailler à nouveau avec Marc. Je le suivrai au bout du monde. Ce que j’ai déjà fait, d’ailleurs, en quelque sorte.

[…]

Pouvez-nous nous dire quelques mots concernant la projection au Leeds International Film Festival ?

JN : La première UK du film à Leeds était magique. Les retours étaient excellents, les spectateurs ont tellement bien réagi… Je crois que le film les a sincèrement surpris, qu’ils l’ont compris et ont été émus. Ce qui prouve que, bien contée, même la plus étrange des histoires peut trouver un écho universel, et se frayer un chemin jusqu’au cœur des spectateurs.

[Et une autre réponse passionnante -quoique longue-, qui n’a hélas pas survécu au final cut de l’article :]

Pourquoi avoir tourné dans des décors aussi sauvages ? 

JN : Le paysage et les décors naturels sont un élément majeur du film. Aussi bien en termes d’esthétique qu’en termes de jeu : nous, acteurs et techniciens, tournions littéralement un film au milieu de nulle part, à cuisiner dans la boue sur des réchauds à gaz, nous réchauffer autour d’un feu lorsque la nuit tombait… Il était, du coup, très facile de nous imaginer en train de survivre à la guerre, seuls au monde, perdus dans le désert. Plus authentique, tu meurs. Suivre Marc Lahore dans les Hébrides était un peu comme suivre Herzog au cœur de l’Amazonie… Nous avons filmé la dernière séquence lors d’une tempête, et même s’il était très désagréable de courir à droite-à gauche, frappés par le sable, alors que nous n’étions vêtus que de shorts et de T-shirts, hé bien, ça valait le coup : à l’écran, la séquence est sublime. […] Le son même du film est unique, d’ailleurs. L’ingé son, Romain Magloire, passait des heures et des heures, souvent après le clap de fin, à amasser des sons seuls. La richesse de ses prises est incomparable. Couplées à la musique du film, elles évoquent aussi bien la violence que l’étrangeté d’un paysage fondamentalement autre. Tourner dans les Hébrides a donné au film une échelle et une atmosphère incroyablement originales, que nous aurions eu du mal à trouver, ou recréer, dans un autre endroit.

Voilà, voilà…

Notons enfin, et pour terminer, ce fort sympathique post d’un blogueur cinéphage, découvert tout récemment : The Open, cité comme l’un des « 10 meilleurs films du festival de Leeds », y figure aux côtés de films démentiels (Victoria, The Witch, Le Fils de Saul…) ; ce qui fait, hé oui, très plaisir…

top10

Parmi les retours très, heu, enthousiastes de l’auteur (prêt à se lever pour applaudir « there and then », à même la salle, quand bien même il n’attendait rien d’un film de tennis –dont le propos (sic) « semble stupide… puis [finalement] fascine [les spectateurs] »–, je noterai cette phrase splendide :

« It’s as if Rocky Balboa, Tim Henman and Max Rockatansky all had a massive blazing threesome. »

« C’est comme un énorme plan à trois, torride, réunissant Rocky Balboa, Tim Henman et Max Rockatansky [Mad Max]. »

Claaasse.

Et sur ce, je vous quitte ; à très bientôt pour de splendides nouvelles et, à nouveau, moult choses & machins qui pétillent ou tabassent pour cette nouvelle année, à toutes et tous !!

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